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[TOC] --- ## 1. Introduction : « mon église est-elle une secte ? » **Église ou secte ?** C'est la question de Sandrine. Nous y répondons non par une étiquette, mais par des critères vérifiables : reconnaître l'abus spirituel et l'emprise, comprendre ce qui les rend possibles, en parler et, s'il le faut, en sortir. ### 1.1. Une scène composite : le soir où la question est née *Avertissement : la scène qui suit est une scène composite. Elle ne décrit aucune personne ni aucune Église réelle. Elle assemble des situations et des formules que la littérature citée dans cet article décrit de façon récurrente (voir les parties 4, 5 et 7).* Il est presque minuit. Sandrine (nom d'emprunt) sort d'une veille de prière dans une salle louée au fond d'une zone d'activités. Elle a deux enfants, un emploi à temps partiel, et fréquente cette assemblée depuis six ans. Le responsable se fait appeler « l'Apôtre ». Il a été consacré, raconte-t-on, par son « père spirituel », un homme qu'on voit une fois par an et à qui l'église envoie chaque mois une « semence ». Ce soir, l'Apôtre a annoncé une *« semence de percée »*. Chacun devait donner une somme qu'il a fixée lui-même pour « débloquer » sa situation. Sandrine a donné l'argent du loyer. Il y a deux mois, une prophétie lui avait promis un nouvel emploi « avant l'été ». Rien n'est venu. On lui a expliqué qu'elle avait « manqué de foi ». Sa sœur est partie l'an dernier. Depuis, on dit en chaire qu'elle est *« sortie de la couverture »*. Il est déconseillé de lui parler. Quand Sandrine a demandé, timidement, à qui l'église rendait ses comptes, un responsable lui a répondu par une formule qu'elle entend souvent : *« Ne touche pas à l'oint de l'Éternel. »* Dans le bus du retour, elle tape sur son téléphone : « *comment savoir si mon église est une secte* ». ::: card Article connexe [Apôtre, prophète, père spirituel: et si personne ne pouvait le contredire ?](https://ntilia.com/u/silence/fr/apotre-prophete-pere-spirituel-et-si-personne-ne-pouvait-le-contredire) Analyse des mécanismes qui blindent certains dirigeants contre toute forme de redevabilité.  ::: ### 1.2. Une question légitime mais mal posée Cet article est écrit pour Sandrine et pour tous ceux qui, dans une « église » indépendante dirigée par un apôtre ou un prophète sans rattachement, sentent que **quelque chose ne va pas sans pouvoir le nommer**. La question « mon église est-elle une secte ? » est légitime, mais mal posée. Le mot « secte » blesse ceux qu'on accuse et rassure à tort ceux qu'on n'accuse pas. Nous proposons de déplacer la question : il s'agit de savoir **si le pouvoir qui s'y exerce rend des comptes**, et **s'il porte atteinte aux personnes**. ### 1.3. Thèse : trois affirmations Cet article défend trois affirmations. **Premièrement**, le mot « secte » ne permet pas de distinguer une Église saine d'un groupe abusif. Les sociologues l'ont abandonné comme verdict ; le droit français et le droit belge l'ont remplacé par des critères d'**atteinte aux personnes** : la « dérive sectaire », la « sujétion » [^1], l'« organisation sectaire nuisible ». C'est sur ce terrain qu'il faut juger, non sur celui des croyances. [^1] **Deuxièmement**, le principal facteur de risque est **structurel**. C'est une autorité charismatique **sans contre-pouvoir**, isolée de toute institution, exercée sur des personnes fragilisées, et non la ferveur, l'exigence morale ou l'origine africaine ou migrante des fidèles. Des abus surviennent aussi dans des Églises rattachées, et beaucoup d'Églises de la diaspora sont saines. **Troisièmement**, la Bible, lue dans son contexte, **ne protège pas un pouvoir qui refuse d'être examiné**. Elle le soumet : elle demande que les responsables soient reconnus par la communauté, qu'ils aient un caractère éprouvé avant tout don spectaculaire, qu'ils servent sans dominer, et que toute parole prophétique soit examinée. Examiner est un droit et un devoir ; partir est une liberté. ### 1.4. Vocabulaire : secte, dérive sectaire, emprise, abus spirituel - **Église / « église »** : nous mettons « église » entre guillemets quand le statut même du groupe est en question. - **Secte** : en sociologie, un *type* d'organisation religieuse, sans jugement moral ; dans le langage courant, un groupe dangereux (partie 2). - **Dérive sectaire**, **sujétion**, **emprise** : un état de dépendance psychologique ou physique créé ou entretenu par un groupe ou un individu (Miviludes, 2005). Nous n'y mettons pas l'idée de « lavage de cerveau » (2.4). - **Abus spirituel** : un schéma durable de comportements coercitifs et contrôlants dans un contexte religieux (5.1). - **Redevabilité** : le fait de devoir rendre des comptes à une instance qui peut reprendre (en anglais, *accountability*). - **Rattachement** : l'appartenance d'une Église locale à une union d'Églises membre d'une fédération reconnue (3.5). ### 1.5. Méthode et position de l'auteur Cet article a été rédigé uniquement à partir d'un dossier de recherche constitué en octobre 2026, qui couvre la sociologie des religions, la psychologie de l'abus spirituel, l'anthropologie des Églises de la diaspora africaine en Europe et la théologie. Nous avons donné la priorité aux articles évalués par les pairs, puis aux monographies universitaires, aux textes officiels, aux documents d'Églises et à la presse. Chaque référence a reçu un statut de vérification. Nous ne citons entre guillemets que des passages contrôlés dans leur source. Quand une citation n'a été vérifiée que par une source secondaire ou un résumé, nous la paraphrasons. Les citations d'ouvrages en anglais sont données dans notre traduction. Cet article ne vise aucun groupe en particulier, en dehors des faits publiés examinés en partie 7. Il ne dresse pas de liste : il fournit des critères que chacun applique à sa situation. Il ne remplace ni un avis juridique, ni un accompagnement psychologique ou pastoral. L'auteur écrit depuis une **perspective protestante évangélique**, celle du christianisme protestant historique. Elle explique la place donnée à l'Écriture et aux confessions de la Réforme. Mais nous distinguons avec soin deux registres : la **description** (ce que la sociologie, l'anthropologie et la psychologie constatent) et le **jugement théologique** (ce que l'Écriture demande). Nous voulons rester compatissant envers les fidèles sincères et ferme envers les pratiques abusives. Et nous voulons dire ce qui n'est pas prouvé. La rigueur est une forme de charité. --- ## 2. Qu'est-ce qu'une secte ? Le mot et ses pièges ### 2.1. Église et secte chez les sociologues : deux types, pas un verdict La sociologie classique oppose l'« Église » et la « secte ». Mais elle ne parle pas d'un bon et d'un mauvais groupe. Elle décrit deux **types idéaux**, c'est-à-dire deux modèles simplifiés qui aident à penser la réalité. Ernst Troeltsch (1912), dans le prolongement de Max Weber, décrit l'Église comme une institution large, dans laquelle on naît, et qui s'accommode des institutions du monde. La secte, elle, réunit des volontaires. Elle vise la perfection morale et adopte une posture critique envers la société. Benton Johnson (1963) a ramené cette typologie à un seul axe : l'Église accepte l'environnement social dans lequel elle vit, la secte le rejette. Rodney Stark et William Bainbridge (1979) ont fait de ce rejet un degré de **tension** avec l'environnement. Ils ont distingué la secte, qui naît d'un schisme à l'intérieur d'une tradition existante, et le « culte », qui est une innovation sans lien avec une tradition établie. Bryan Wilson (1959) a classé les sectes selon leur manière de répondre au monde. Ces typologies décrivent aussi un mouvement. Avec le temps, les groupes nés en rupture s'installent, s'organisent et deviennent des dénominations. Eileen Barker (2014) observe ce processus chez les nouveaux mouvements religieux : leurs frontières deviennent plus poreuses et plus négociables à mesure qu'ils s'accommodent au monde extérieur. La conséquence est importante pour un lecteur évangélique. Selon ces critères, une grande partie du protestantisme évangélique, et le pentecôtisme en particulier, est **sociologiquement « sectaire »** (adhésion volontaire, conversion, discipline de vie, distance critique avec le monde). **La typologie Église/secte ne permet donc pas de distinguer une Église saine d'un groupe abusif.** C'est le premier point d'accord de la littérature. C'est aussi une leçon d'humilité : la ferveur n'est pas un symptôme. ### 2.2. Du terme technique à l'insulte Le deuxième point d'accord porte sur la dérive du mot. James Richardson (1993) a décrit, pour l'anglais *cult*, le passage d'une définition sociologique et technique à une définition populaire et négative. Le français « secte » a suivi le même chemin. Pour échapper à ce piège, Eileen Barker (1989) a préféré parler de « nouveaux mouvements religieux ». Elle a fondé en 1988 le centre INFORM, qui documente chaque groupe au cas par cas. Barker (1995) a aussi montré que la « vérité » sur les sectes est produite par des acteurs aux intérêts divergents : chercheurs, mouvements, associations antisectes, médias, tribunaux. En France, Danièle Hervieu-Léger (2001) a analysé la « question des sectes » comme un symptôme de la dérégulation du croire, plus que comme une simple déviance. Françoise Champion et Martine Cohen (1999) ont examiné la tension entre la lutte contre les sectes et les libertés démocratiques. D'autres chercheurs, comme Massimo Introvigne et Gordon Melton (1996) ou Susan Palmer (2011), critiquent durement la politique française. Leur position est engagée, mais leur argument mérite d'être entendu : les listes et les critères officiels risquent de stigmatiser des minorités religieuses, y compris des évangéliques et des pentecôtistes. Ce débat n'est pas clos. Nous suivons la voie qui juge, non des croyances, mais des atteintes aux personnes. ### 2.3. Qu'est-ce qu'une dérive sectaire ? Le droit français et belge Les pouvoirs publics ont tiré la même leçon que les sociologues. On ne peut pas définir juridiquement une secte sans violer la neutralité de l'État envers les religions. En France, la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les sectes, dont Jacques Guyard était le rapporteur, l'a reconnu expressément dans son rapport du 22 décembre 1995 (Assemblée nationale, 1995). Elle a donc retenu, non une définition, mais **dix indices de dangerosité**. Ce sont: - la déstabilisation mentale, - des exigences financières exorbitantes, - la rupture induite avec l'environnement d'origine, - les atteintes à l'intégrité physique, - l'embrigadement des enfants, - un discours plus ou moins antisocial, - les troubles à l'ordre public, - l'importance des démêlés judiciaires, - le détournement éventuel des circuits économiques traditionnels et les tentatives d'infiltration des pouvoirs publics. La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a ensuite déplacé le vocabulaire. Elle ne parle plus de « sectes » mais de **dérives sectaires**. Son guide destiné aux agents publics précise que les dérives sectaires « sont à rechercher partout où des individus ou des groupes créent ou entretiennent une sujétion physique ou psychologique chez leurs fidèles » (Miviludes, 2005, p. 16). Le même guide insiste : il faut un **faisceau** de critères, et non un seul (Miviludes, 2005, p. 14). Sur son site, elle définit la dérive sectaire par des pressions ou techniques visant à créer, maintenir ou exploiter un état de sujétion qui prive la personne d'une partie de son libre arbitre. Elle propose une liste de dix-sept critères, « une liste indicative et qui n'est pas limitative » (Miviludes, s. d.). ::: card Á lire [Comment identifier une dérive sectaire ?](https://www.miviludes.interieur.gouv.fr/comprendre-prevenir-et-lutter/comment-identifier-derive-sectaire) La Miviludes a identifié plusieurs critères pour caractériser une dérive sectaire. ::: Depuis la loi n° 2024-420 du 10 mai 2024, le Code pénal réprime en outre, à son article 223-15-3, le fait de placer ou de maintenir une personne dans un état de sujétion psychologique ou physique qui altère gravement sa santé ou la conduit à un acte ou à une abstention gravement préjudiciables. La peine est de trois ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende. Elle est portée à cinq ans et 750 000 euros dans certaines circonstances, notamment lorsque l'auteur dirige un groupement qui exploite cette sujétion, et à sept ans et un million d'euros quand plusieurs de ces circonstances se cumulent ou en cas de bande organisée (France, 2024). La Belgique a fait le même choix. La loi du 2 juin 1998, qui crée le Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN), ne définit pas la secte. Elle définit l'**organisation sectaire nuisible** comme « tout groupement à vocation philosophique ou religieuse, ou se prétendant tel, qui, dans son organisation ou sa pratique, se livre à des activités illégales dommageables, nuit aux individus ou à la société ou porte atteinte à la dignité humaine » (Belgique, 1998, art. 2). Saisie de cette loi, la Cour d'arbitrage a souligné que le Centre n'a « aucune compétence qui reviendrait à lui permettre de contrôler et d'interdire a priori la manifestation d'une opinion » (Cour d'arbitrage, 2000, B.2.9). **La question n'est donc plus « est-ce une secte ? », mais « ce groupe porte-t-il atteinte aux personnes ? ».** Ce cadre protège la liberté de croire, pas l'abus. ### 2.4. « Lavage de cerveau » ou manipulation mentale : le débat L'expression « lavage de cerveau » pose aussi problème. Dans les années 1980, un groupe de travail de l'Association américaine de psychologie (APA) sur ces techniques a rédigé un rapport dont la psychologue Margaret Singer était la première signataire. Le 11 mai 1987, le comité de l'APA chargé de l'examiner l'a rejeté : selon lui, le rapport manquait de la rigueur scientifique et de l'approche critique impartiale nécessaires pour recevoir l'aval de l'APA (APA, 1987, notre traduction). Dick Anthony et Thomas Robbins (1992) ont ensuite critiqué l'usage de la notion de « lavage de cerveau » devant les tribunaux. Le livre de Singer et Lalich (1995) reste une description clinique utile, mais il doit être lu avec cette prudence. Les modèles récents ont changé d'angle. Janja Lalich (2004) parle de **« choix borné »** (*bounded choice*). Le membre ne perd pas son libre arbitre : il fait des choix qui lui paraissent rationnels, à l'intérieur d'un cadre que le groupe a peu à peu refermé autour de lui. Pour cet article, nous parlerons donc de **mécanismes d'influence et de contrôle observables**, et non de « lavage de cerveau ». Conséquence pastorale : la personne sous emprise n'est ni « folle » ni « possédée ». Elle a fait des choix raisonnables dans un monde dont on a, peu à peu, fermé les portes. ### 2.5. Ce qu'il faut retenir D'abord, être une petite Église fervente, exigeante et indépendante ne fait pas d'un groupe une « secte » au sens courant. Ensuite, le droit et l'administration jugent des **actes** et de leurs **effets sur les personnes**, pas des doctrines. Enfin, aucun indice ne suffit à lui seul : c'est leur **accumulation** et leur **durée** qui comptent. La grille de la partie 8 est construite sur ces trois idées. --- ## 3. Apôtres et prophètes autoproclamés : le pouvoir sans contre-pouvoir ### 3.1. L'autorité charismatique selon Weber Parmi les trois types d'autorité légitime que distingue Max Weber (1922/1971), l'**autorité charismatique** repose sur la reconnaissance, par des disciples, de qualités extraordinaires prêtées à une personne. Cette autorité est instable par nature. Elle a deux destins possibles. Soit elle se **routinise** : elle se transforme en institution, avec des règles, des mandats, des collèges. Soit elle doit sans cesse se prouver à nouveau : par des miracles, des prophéties qui se réalisent, des succès, de l'argent. Un apôtre sans institution vit sous cette seconde contrainte : chaque prophétie non accomplie, chaque départ, chaque question menace sa légitimité. D'où la difficulté à recevoir la contestation. L'anthropologie confirme cette fragilité. Damien Mottier (2008) a suivi pendant plusieurs années une Église fondée en décembre 2000 en Île-de-France par un prophète congolais, et qui comptait une soixantaine de fidèles. Il décrit l'Église depuis les débuts de l'activité du prophète jusqu'à la crise de légitimité qui a fini par le disqualifier. On peut en tirer une leçon générale, qui reste une interprétation : un pouvoir fondé uniquement sur le charisme personnel n'a pas de recours institutionnel en cas de crise. Il tend soit à se durcir pour se protéger, soit à s'effondrer. ### 3.2. Pourquoi une structure protège : Chaves Selon Mark Chaves (1993), une dénomination superpose aux Églises locales **deux structures**. La première est une structure d'autorité religieuse : elle dit qui peut enseigner, qui consacre les pasteurs, qui tranche les conflits. La seconde est une structure d'« agence » : elle gère les finances communes, les œuvres, les biens. Une Église locale rattachée s'insère dans ces deux structures : son pasteur dépend d'une instance qui peut le reprendre, ses comptes sont examinés par d'autres. À l'inverse, une « église » indépendante fondée par un apôtre concentre souvent les deux structures dans **une seule personne ou une seule famille**. Le même homme enseigne, nomme, juge, encaisse et dépense. Personne, au-dessus ou à côté de lui, ne peut dire non. ### 3.3. Réseaux apostoliques et « Nouvelle Réforme apostolique » Ce modèle n'est propre ni à l'Afrique ni à la diaspora. Il s'est d'abord développé aux États-Unis. Christerson et Flory (2017) y décrivent l'essor d'un christianisme charismatique de réseaux indépendants (*Independent Network Charismatic Christianity*) : des leaders qui se disent apôtres ou prophètes, sans structure dénominationnelle, reliés par des réseaux verticaux ou horizontaux. Dans les réseaux verticaux, l'autorité spirituelle descend du sommet vers la base, tandis que l'argent et la loyauté remontent vers le sommet. Dans les réseaux horizontaux, les relations ressemblent davantage à une prestation de services contre rémunération. Dans les deux cas, les mécanismes de redevabilité sont faibles. Ce courant a été théorisé par C. Peter Wagner sous le nom de « Nouvelle Réforme apostolique » (*New Apostolic Reformation*, NAR). Weaver (2016) en a écrit l'histoire. En français, Gagné (2020) en offre la principale synthèse. Resane (2016) relève un point décisif dans l'ecclésiologie de Wagner : les apôtres n'y sont ni autodésignés, ni élus par une instance ecclésiale, mais choisis directement par Dieu. Conséquence lourde : **si l'apôtre est choisi par Dieu seul, tout contrôle humain devient suspect**, et toute critique peut être présentée comme une révolte contre Dieu. ### 3.4. D'où viennent la « couverture » et la « paternité spirituelle » ? Deux notions reviennent souvent : la **couverture** (*covering*) et la **paternité spirituelle**. Le fidèle est « sous la couverture » de son pasteur, le pasteur sous celle de son père spirituel. En sortir exposerait, dit-on, aux attaques de l'ennemi. Ces notions remontent largement au **Shepherding Movement** (« mouvement des bergers ») né aux États-Unis dans les années 1970. Moore (2003), qui en a écrit l'histoire de référence, décrit ses dérives d'autorité et les excuses publiques de certains de ses fondateurs. Resane (2021) suit l'héritage de ce mouvement dans le néo-pentecôtisme sud-africain : soumission à l'autorité, ministères apostoliques et prophétiques. La « couverture » n'est donc pas une tradition africaine ancienne, mais en grande partie l'héritage d'un courant américain que certains de ses fondateurs ont eux-mêmes désavoué. La paternité spirituelle prend ensuite des formes locales. Zorodzai Dube (2018) montre qu'au Zimbabwe, la « parentalité spirituelle » dans le pentecôtisme urbain crée une parenté de substitution pour des personnes déracinées par l'exode vers les villes. Elle réinvente aussi, sous une forme chrétienne, des modèles patriarcaux. Vincent Fenga (2025) voit dans le titre de « Papa » la rencontre de la médiation ancestrale africaine, de la paternité spirituelle biblique et d'une autorité prophétique centralisée, et il pose la question de la redevabilité de ces « pères ». En France, Mottier (2012) a montré comment le vocabulaire de la « parenté spirituelle » (pères, fils, mères) structurait la hiérarchie interne d'une assemblée dirigée par un pasteur-prophète, et comment ce vocabulaire s'est révélé fragile face aux conflits. Le mentorat spirituel n'a pourtant rien d'abusif en soi. Paul se présente lui-même comme le père de ceux qu'il a amenés à la foi : « vous n'avez cependant pas plusieurs pères, puisque c'est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l'Évangile » (1 Co 4,15). La relation devient dangereuse quand le « fils » ne peut plus contester le « père », quand la désignation d'un responsable se fait par simple filiation, sans examen par une communauté, et quand l'argent remonte en échange d'une protection spirituelle. ### 3.5. Qu'est-ce qu'une Église « rattachée » ? France et Belgique En France, le protestantisme évangélique s'est progressivement structuré en réseaux et en unions d'Églises, jusqu'à se doter d'instances communes (Fath, 2005). Aujourd'hui, le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) déclare représenter plus de 70 % des Églises évangéliques du pays. Il n'admet pas directement une Église locale isolée. Il admet des **unions d'Églises**. Pour adhérer, une union doit regrouper au moins cinq Églises, exister depuis au moins deux ans, être recommandée par deux unions déjà membres et déclarer son plein accord avec les documents structurants du CNEF (CNEF, s. d. a). Une Église « rattachée » est donc membre d'une union, elle-même membre du CNEF ou de la Fédération protestante de France (FPF). En Belgique, le culte protestant et évangélique est reconnu par l'État. Pour qu'une communauté locale soit reconnue, seul le Conseil administratif du culte protestant et évangélique (CACPE) peut introduire la demande. Les critères comprennent une structure juridique adaptée, la capacité de gestion administrative et financière des dirigeants et le respect des valeurs démocratiques (Wallonie, s. d.). Le rattachement apporte ainsi trois garanties : une **confession de foi partagée**, des **pairs** qui ont examiné l'Église, une **instance extérieure** à qui s'adresser. En Afrique du Sud, la commission publique chargée des droits des communautés religieuses (CRL), confrontée aux abus de « prophètes » indépendants, a choisi non l'interdiction, mais un mécanisme d'**autorégulation par les pairs**, annoncé en avril 2025 (CRL Rights Commission, 2025). ### 3.6. Ce que le rattachement ne garantit pas Le rattachement est un **indice**, pas une garantie. D'abord, des abus surviennent aussi dans des Églises rattachées. La partie 7 en donne des exemples : une Église de région parisienne rattachée à une union évangélique membre du CNEF, une Église réformée suisse reconnue. Ensuite, les dispositifs de protection restent souvent faibles. Lisa Oakley, Kathryn Kinmond et Justin Humphreys (2018) montrent que les politiques de protection contre l'abus spirituel sont encore sous-développées dans les organisations chrétiennes britanniques. Dans leur enquête, seuls 33 % des répondants déclaraient que leur Église ou organisation chrétienne avait une politique couvrant ce type d'abus (Oakley et Humphreys, 2018). Enfin, des communautés évangéliques prospèrent isolément, sans aucune affiliation, comme le relève une revue associative de vigilance (Unadfi, 2018). L'absence de rattachement n'est pas en soi une faute. Elle supprime seulement un recours. La différence décisive est ailleurs : dans une Église rattachée, quand un abus est connu, **une instance extérieure peut intervenir**. Sous un apôtre qui ne dépend que d'un père spirituel lointain, elle n'existe pas, et la victime n'a que deux options : se taire ou partir. --- ## 4. Églises de la diaspora africaine : précarité, isolement, emprise ### 4.1. Un paysage pluriel Beaucoup de nos lecteurs fréquentent des Églises issues des migrations africaines en Europe. La littérature insiste d'abord sur un point : ces Églises ne forment pas un bloc. Sarah Demart (2008) estime que les Églises d'obédience pentecôtiste et évangélique issues du Réveil congolais se comptent, à l'échelle de l'Europe, par centaines, voire par milliers, et elle décrit un mouvement pluriel et fragmenté. Damien Mottier (2014) situe l'émergence des Églises charismatiques africaines en France dans les années 1980. Plusieurs types d'Églises coexistent. Il existe de grandes dénominations transnationales, dotées d'instances de contrôle, comme la *Church of Pentecost* venue du Ghana et présente dans une quinzaine de pays européens (Fancello, 2007 ; Oppong-Konadu, 2023). Il existe des Églises « prophétiques » issues des Églises indépendantes africaines, comme le kimbanguisme ou le christianisme céleste (Fancello et Mary, 2010). Et il existe une nébuleuse de petites assemblées fondées par un pasteur-prophète, souvent sans rattachement. Afe Adogame (2010, 2013) montre que ces Églises vivent un enracinement simultané (*simultaneous embeddedness*) dans le pays d'origine et le pays d'accueil. **L'abus n'est donc ni « africain », ni propre à la diaspora.** Le modèle de l'apôtre sans redevabilité est né en grande partie aux États-Unis (3.3 et 3.4). Les cas publics de la partie 7 touchent des Églises de toutes origines. Le critère pertinent est structurel : le pouvoir rend-il des comptes, ou non ? ### 4.2. Le prophète fondateur et la « mission à l'envers » Un thème revient souvent dans ces Églises : celui de la **« mission à l'envers »**. L'Afrique, évangélisée hier par l'Europe, rendrait aujourd'hui l'Évangile à une Europe déchristianisée (Fancello et Mary, 2010 ; Währisch-Oblau, 2009). Mottier (2017) montre que des prophètes congolais et ivoiriens de la région parisienne ont construit leur charisme visionnaire autour de cet imaginaire de l'évangélisation de la France. Ce discours est souvent plus revendiqué que pratiqué : Oppong-Konadu (2023) observe, dans la *Church of Pentecost* en Belgique, une mission surtout tournée vers les membres de la communauté elle-même. À Bruxelles, Maïté Maskens (2012) montre que des pasteurs pentecôtistes africains et latino-américains se présentent comme élus par Dieu pour leurs compatriotes immigrés. Leur légitimité naît d'un récit : un déplacement guidé par Dieu, des *miracles migratoires*. Elle ne repose ni sur une formation, ni sur une reconnaissance institutionnelle. Ce récit peut être sincère. Mais quand il est la seule source de l'autorité, personne ne peut le vérifier. ### 4.3. Vulnérabilité migratoire : pourquoi partir coûte cher Maskens (2014) montre comment le récit pentecôtiste réinterprète l'exil : les déplacements géographiques et l'action divine s'y entremêlent. Le changement de statut est réel : « de simple fidèle dans son pays d'origine, le nouveau venu devient un “migrant-missionnaire” » (Maskens, 2011, p. 70). Mais la même étude décrit aussi un couple de fidèles qui vit « dans une relative précarité due, en grande partie, à leur situation d'illégalité » sur le territoire belge (Maskens, 2011, p. 79). David Garbin (2013) ajoute que ces Églises sont souvent invisibles dans la ville : elles se réunissent dans des entrepôts ou des locaux loués, à l'écart des autres communautés. L'Église offre alors un foyer, un réseau, un sens à l'épreuve migratoire, parfois un logement ou un emploi. C'est un bien réel. C'est aussi ce qui **rend la sortie coûteuse**. Une personne sans papiers dont tout le réseau passe par l'Église ne quitte pas facilement un pasteur abusif. Ce n'est pas son origine qui la rend vulnérable, mais sa **précarité**, combinée à l'**isolement institutionnel** du groupe. ### 4.4. L'argent, la « semence » et l'économie du don L'argent est un point sensible. Garbin (2019) parle de *remises sacrées* (*sacred remittances*) pour décrire les dons dans une Église congolaise transnationale. L'argent donné circule dans un système de significations, d'attentes morales et de droits, inscrit dans des rapports de statut et de pouvoir. Claudia Währisch-Oblau (2011) décrit, dans des Églises de migrants en Allemagne, une conception où guérison et prospérité font partie d'un *salut matériel*, obtenu par la « percée » (*breakthrough*) et la guerre spirituelle. ::: card Article connexe [Semence financière, l'arnaque au nom de la foi](https://ntilia.com/u/silence/fr/semence-financiere-l-arnaque-au-nom-de-la-foi) Culpabilisation, opacité et enrichissement des leaders : les rouages d'une dérive sectaire décortiqués.  ::: Quand le don est présenté comme **la condition d'une percée**, la frontière entre générosité et extorsion devient poreuse. Asonzeh Ukah (2007) relève que la mobilisation financière dans le pentecôtisme ouest-africain reste un angle mort de la recherche. Adedibu et Igboin (2019), deux théologiens nigérians, plaident de l'intérieur pour la redevabilité et la probité financière des leaders. Lecomte (2012), analyste au CIAOSN, relève dans certaines Églises néo-pentecôtistes bruxelloises une théologie qui lie la grandeur spirituelle du fidèle au montant de ses dons. Son texte paraît dans une revue associative engagée : prudence. ### 4.5. Pourquoi reste-t-on ? Des « abus consentis » Demart (2013) relève, dans les Églises de Réveil congolaises de Kinshasa et de la diaspora, la récurrence des scandales d'argent et de sexe impliquant des responsables. Elle montre que l'Église est à la fois une utopie morale et un lieu de pratiques qui la contredisent. Au Ghana, Golo et Benyah (2025) ont interrogé de jeunes adultes chrétiens sur les pratiques de délivrance néo-pentecôtistes. Ces jeunes connaissaient les dérives, mais les acceptaient comme le prix d'une solution à leurs problèmes existentiels. D'où le titre de leur article : des *abus consentis* ? **Savoir qu'il y a des abus ne suffit pas à en sortir.** On peut voir, et rester. Ce n'est pas de la bêtise. C'est le « choix borné » décrit par Lalich (2004) : quand tout ce qui compte passe par le groupe, rester paraît plus raisonnable que partir. ### 4.6. Des contre-exemples Les facteurs de risque sont réels (isolement institutionnel, autorité sans contre-pouvoir, précarité), mais ils ne sont liés à aucune origine. Les contre-exemples abondent. La *Church of Pentecost* est une Église africaine structurée, dotée d'instances de contrôle, présente dans toute l'Europe (Fancello, 2007). Des théologiens africains sont parmi les critiques les plus nets des dérives prophétiques (partie 7). À l'inverse, l'Église réformée de Neuchâtel, institution suisse ancienne et reconnue, a dû destituer en 2026 une pasteure accusée d'emprise (7.6). > L'emprise n'a pas de couleur ni de nationalité. Elle a une **structure**. --- ## 5. Qu'est-ce que l'abus spirituel ? La psychologie de l'emprise ### 5.1. Abus spirituel : une définition La recherche sur l'abus spirituel a deux origines. La première est pastorale et évangélique : David Johnson et Jeff VanVonderen (1991) le définissent comme le mauvais traitement d'une personne qui cherche de l'aide, avec pour effet d'affaiblir sa vie spirituelle. Ils décrivent des systèmes fondés sur la performance et une règle du silence. La seconde est universitaire et britannique. Lisa Oakley et Kathryn Kinmond (2013) définissent l'abus spirituel comme la coercition et le contrôle d'une personne par une autre dans un contexte spirituel. Parmi ses manifestations : exploitation, censure des décisions personnelles, exigence de secret et de silence, usage de l'Écriture ou de la chaire pour contrôler, obéissance exigée, prétention de l'abuseur à une position divine, isolement. Elles ont traduit cette définition en politique de protection pour les Églises (Oakley et Kinmond, 2014). Dans leur formulation la plus récente, l'abus spirituel est une forme d'abus émotionnel et psychologique, caractérisée par un schéma systématique de comportements coercitifs et contrôlants, exercés dans un contexte religieux ou avec une justification religieuse (Oakley, Kinmond et Blundell, 2024). Le mot « schéma » est essentiel. Il vient des travaux d'Evan Stark (2007) sur le **contrôle coercitif** dans le couple : la domination n'est pas une suite d'incidents isolés, mais un système d'isolement, d'intimidation et de contrôle du quotidien. Mulvihill et ses collègues (2023) appliquent explicitement cette notion à la religion. David Ward (2011) a recueilli l'expérience d'anciens membres. Pour lui, l'abus spirituel est un mauvais usage du pouvoir dans lequel l'autorité spirituelle elle-même est déformée, au détriment de ceux qu'elle dirige. Il dégage six thèmes : le dirigeant qui représente Dieu, le harcèlement spirituel, l'acceptation conditionnée à la performance, la négligence spirituelle, un écart croissant entre ce qu'on vit et ce qu'on montre, et des manifestations intérieures, jusque dans le corps. ### 5.2. Les signes d'emprise : six familles de mécanismes L'outil le plus utile vient de l'Université de Barcelone. Álvaro Rodríguez-Carballeira et ses collègues (2015) ont consulté trente et un experts. Ils définissent l'abus psychologique en groupe comme « un processus d'application systématique et continue de stratégies de pression, de contrôle, de manipulation et de coercition, dans le but de dominer d'autres personnes pour obtenir leur soumission au groupe » (Rodríguez-Carballeira et al., 2015, p. 34, notre traduction). Elle ne porte **aucun jugement sur la doctrine** : elle décrit des pratiques. Les auteurs classent vingt-six stratégies en six catégories : 1. **l'isolement** : coupure avec la famille, les amis, le travail ou les études ; 2. **le contrôle et la manipulation de l'information** ; 3. **le contrôle de la vie personnelle** : argent, temps, relations, santé ; 4. **l'abus émotionnel** : culpabilisation, humiliation, intimidation, menaces ; 5. **l'endoctrinement dans un système absolu et manichéen** ; 6. **l'imposition d'une autorité unique et extraordinaire**. Les experts jugent les stratégies émotionnelles les plus graves. Ces catégories ont servi à construire une échelle de mesure, la PAEGS, validée auprès d'anciens membres (Saldaña et al., 2017). Une première échelle de ce type, la *Group Psychological Abuse Scale*, avait été proposée dès 1994 (Chambers et al., 1994). Koch et Edstrom (2022) ont validé, auprès de plus de trois mille personnes, une échelle d'abus spirituel en six dimensions, dont *maintenir le système* et *leadership contrôlant*. ### 5.3. Lifton et Lalich : des cadres théoriques Le psychiatre Robert Lifton (1961) a décrit huit critères du « totalisme idéologique » : le contrôle du milieu, la manipulation mystique, l'exigence de pureté, le culte de la confession, la « science sacrée », le langage chargé, la doctrine placée avant la personne, et le fait de « dispenser l'existence », c'est-à-dire de décider qui a le droit d'exister aux yeux du groupe. Lalich (2004) décrit quatre dimensions qui s'emboîtent : une autorité charismatique, un système de croyance transcendant, des systèmes de contrôle et des systèmes d'influence. Ce sont des **cadres théoriques** qui aident à comprendre, non des instruments de mesure validés. ### 5.4. BITE et « traumatisme religieux » : des outils de vulgarisation Le **modèle BITE** de Steven Hassan décrit le contrôle du comportement, de l'information, de la pensée et des émotions. Très diffusé, il repose pour sa validation principalement sur une thèse de doctorat (Hassan, 2020), et non sur une échelle publiée dans une revue à comité de lecture. **C'est un outil de vulgarisation, pas un instrument validé.** Le **« syndrome de traumatisme religieux »**, proposé par Marlene Winell (2011), décrit la peur de l'enfer, la culpabilité et la perte de repères après un départ. Il a été présenté dans un magazine professionnel, non évalué par les pairs. **Ce n'est pas un diagnostic reconnu.** Il peut aider à mettre des mots sur une expérience, sans plus. Dans un sondage américain portant sur 1 581 adultes, 27,7 % des personnes interrogées disent avoir vécu un traumatisme religieux (Slade et al., 2023). Les auteurs précisent eux-mêmes que leurs résultats par sous-groupe ne sont qu'indicatifs, et leur revue n'a pas pu être confirmée comme revue à comité de lecture. ### 5.5. Quand la prophétie ne s'accomplit pas Que se passe-t-il quand une prophétie ne s'accomplit pas ? Une thèse célèbre, celle de Leon Festinger et de ses collègues (1956), affirmait que les fidèles redoublent alors de prosélytisme pour réduire leur malaise. Cette thèse est aujourd'hui contestée. Kelly (2026) a montré, archives à l'appui, que le groupe étudié recrutait déjà avant la date annoncée, et que l'un des chercheurs avait influencé les événements. Dawson (1999) propose une explication plus solide : « c'est la rationalisation réussie, et non le prosélytisme, qui est le facteur le plus important du maintien des croyances et de la survie du groupe » (Dawson, 1999, p. 64, notre traduction). Les rationalisations sont connues : *c'était une épreuve*, *vous n'avez pas eu assez de foi*, *c'est la faute de ceux qui ont douté*. Sandrine l'a entendu. La prophétie n'a pas échoué : c'est elle qui a échoué. **Ce renversement de la charge est un signal majeur.** ::: card Article connexe [Ces prophéties qui décident de ta vie à ta place](https://ntilia.com/u/silence/fr/ces-propheties-qui-decident-de-ta-vie-a-ta-place) Comment les oracles directifs des dérives sectaires transforment un don spirituel en outil de contrôle absolu  ::: ### 5.6. Les conséquences de l'abus spirituel Plus l'abus est intense, plus la souffrance l'est. Saldaña et ses collègues (2017) observent, chez 138 anciens membres, une détresse supérieure aux normes de la population. Ceux qui ont demandé une aide psychologique après leur départ avaient subi davantage d'abus. Chez 706 personnes, le score d'abus et le score de détresse émotionnelle sont très fortement liés (Saldaña et al., 2019). Une autre étude classe les séquelles observées chez les survivants (Saldaña et al., 2018). La revue systématique d'Ellis et de ses collègues (2022), qui porte sur vingt-cinq études, confirme des effets psychologiques et spirituels négatifs. Une enquête britannique a recueilli 1 591 réponses, dont 1 002 de personnes se disant victimes d'abus spirituel. Le phénomène touche aussi des Églises ordinaires. Les caractéristiques principales identifiées étaient la coercition et le contrôle, la manipulation et la pression exercée sur les personnes, le contrôle par un mauvais usage des textes bibliques et la justification « divine » des comportements (Oakley et Humphreys, 2018). Même les conseillers qui accompagnent les victimes peuvent être atteints par un traumatisme secondaire (Gubi et Jacobs, 2009). Ces données ont des limites. Les échantillons sont auto-sélectionnés, souvent recrutés par des associations : on ne peut pas en tirer de pourcentages valables pour toute la population. Et il n'existe presque aucune étude sur les Églises indépendantes francophones. ### 5.7. L'objection évangélique Une objection vient de notre famille spirituelle. En 2018, l'Alliance évangélique du Royaume-Uni a jugé le terme « abus spirituel » ambigu. Elle craint qu'il serve à criminaliser des pratiques religieuses ordinaires, comme l'exhortation ou la discipline d'Église. Mais elle reconnaît très clairement la gravité des abus émotionnels et psychologiques commis en contexte religieux (Evangelical Alliance UK, 2018). L'objection est utile : elle oblige à construire des critères **comportementaux**, et non doctrinaux. Un pasteur qui prêche la repentance n'abuse de personne. Un pasteur qui humilie, isole, menace et exige le silence, si. Fernández (2022) rappelle aussi un point que les victimes ont besoin d'entendre : la victime d'un abus spirituel n'en est pas coupable, et l'institution porte sa part de responsabilité. --- ## 6. Faux apôtres, faux prophètes : ce que dit la Bible de l'autorité ### 6.1. Les marques de l'Église La Réforme n'a pas défini l'Église par sa taille ou le charisme de son fondateur, mais par des **marques**. La Confession d'Augsbourg dit que l'Église « est l'Assemblée de tous les croyants parmi lesquels l'Évangile est enseigné en pureté et où les Saints Sacrements sont administrés conformément à l'Évangile » (Confession d'Augsbourg, 1530, art. 7). Calvin donne les mêmes deux marques : là où la Parole de Dieu est sincèrement prêchée et écoutée, et où les sacrements sont administrés selon l'institution du Christ, on ne peut douter qu'il y ait une Église (Calvin, 1559/1560, IV,1,9). Dans une « église » sous emprise, on cite beaucoup la Bible. Mais c'est souvent la parole du prophète qui juge l'Écriture, et non l'Écriture qui juge le prophète. La première marque est alors atteinte au cœur. ### 6.2. Vocation régulière contre autoproclamation C'est sans doute le critère le plus utile pour notre lecteur. Selon la Confession d'Augsbourg, « nul ne doit enseigner ou prêcher publiquement dans l'Église, ni administrer les Sacrements, à moins qu'il n'ait reçu une vocation régulière » (art. 14). La Confession de La Rochelle est plus nette encore : « nul ne peut prétendre, de sa propre autorité, à une charge ecclésiastique, mais que cela doit se faire par élection » (Confession de La Rochelle, 1559, art. 31). Elle affirme aussi que « tous les vrais pasteurs [...] ont la même autorité et une égale puissance sous un seul Chef, un seul Souverain et seul Evêque universel: Jésus-Christ » (art. 30). Par honnêteté, notons que l'article 31 admet des vocations extraordinaires quand l'Église est en ruine : c'est une exception, non un modèle de gouvernement. Ces confessions suivent le Nouveau Testament. Paul demande à Tite d'établir « des anciens dans chaque ville » (Tt 1,5) : des anciens, au pluriel. Une accusation contre un ancien peut être reçue « sur la déposition de deux ou trois témoins », et ceux qui pèchent doivent être repris « devant tous » (1 Tm 5,19-20), « sans prévention » et sans « rien faire par faveur » (1 Tm 5,21). Quand une grave question divise l'Église, « les apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette affaire » (Ac 15,6), et la décision est prise avec « toute l'Église » (Ac 15,22). Même les apôtres délibèrent. **Aucun responsable, dans le Nouveau Testament, n'est au-dessus de l'examen.** ::: card Article connexe [Peut-on encore parler d'onction sans tomber dans la manipulation](https://ntilia.com/u/silence/fr/peut-on-encore-parler-d-onction-sans-tomber-dans-la-manipulation) Un examen des textes bibliques révèle que cette notion, souvent détournée, appartient en réalité à tous les croyants.  ::: ### 6.3. Le caractère avant le charisme Les listes de qualifications des responsables ne demandent ni miracles ni prophéties, mais un **caractère**. L'évêque doit être « irréprochable, mari d'une seule femme, sobre, modéré, réglé dans sa conduite » (1 Tm 3,2), « ni violent, mais indulgent, pacifique, désintéressé » (1 Tm 3,3). Il ne doit pas être « un nouveau converti, de peur qu'enflé d'orgueil il ne tombe » (1 Tm 3,6). Il doit recevoir « un bon témoignage de ceux du dehors » (1 Tm 3,7). Il ne doit pas être « porté à un gain déshonnête » (Tt 1,7). Pierre résume : « Paissez le troupeau de Dieu [...] non pour un gain sordide, mais avec dévouement; non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau » (1 P 5,2-3). Dans beaucoup d'« églises » sous emprise, l'ordre est inversé. Le don, l'onction et les « résultats » valident l'homme ; son caractère n'est jamais examiné. Banda (2021), dans une étude sur le néo-pentecôtisme sud-africain, voit dans certaines dérives prophétiques un déplacement : la sainteté de Dieu cède la place aux besoins humains et au culte de la célébrité. ### 6.4. « Apôtre » et « prophète » aujourd'hui : un fondement, non un grade Selon Paul, les croyants ont été « édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire » (Ep 2,20). Au sens fort, l'apôtre est un témoin de la résurrection : il fallait trouver quelqu'un qui soit « associé comme témoin de sa résurrection » (Ac 1,22). Paul défend son apostolat ainsi : « Ne suis-je pas apôtre? N'ai-je pas vu Jésus notre Seigneur? » (1 Co 9,1). Or un fondement ne se pose qu'une fois. Les évangéliques reconnaissent que le Christ continue de donner des ministères variés « pour le perfectionnement des saints » (Ep 4,11-12), y compris des ministères missionnaires de type apostolique. Mais Budiselić (2008), dans une revue théologique évangélique de Zagreb, tire la ligne utile : un ministère apostolique d'aujourd'hui peut être influent et spirituel, mais non gouvernemental et hiérarchique. Geivett et Pivec (2014) formulent une critique biblique comparable de la NAR. Le Nouveau Testament connaît d'ailleurs « de faux apôtres, des ouvriers trompeurs, déguisés en apôtres de Christ » (2 Co 11,13). **Le titre ne prouve rien.** ### 6.5. Jésus et les titres Jésus oppose deux modèles d'autorité. « Vous savez que les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les asservissent. Il n'en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur » (Mt 20,25-26). Le modèle est le sien : « le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir » (Mt 20,28). Il va plus loin à propos des titres : « ne vous faites pas appeler Rabbi; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères. Et n'appelez personne sur la terre votre père; car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux » (Mt 23,8-9). Ce texte n'interdit pas d'appeler son père biologique « papa », et Paul se dit lui-même père dans la foi (1 Co 4,15). Il vise les titres qui **placent un homme au-dessus des frères** et le soustraient à la fraternité. > « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur » (Mt 23,11). ### 6.6. Bergers abusifs dans la Bible : Ézéchiel, Diotrèphe, Corinthe Ézéchiel prophétise : « Malheur aux pasteurs d'Israël, qui se paissaient eux-mêmes! » (Ez 34,2), qui ont dominé les brebis « avec violence et avec dureté » (Ez 34,4). Paul met en garde contre ceux qui « bouleversent des familles entières, enseignant pour un gain honteux ce qu'on ne doit pas enseigner » (Tt 1,11). Pierre annonce de faux docteurs qui, « par cupidité, [...] trafiqueront de vous au moyen de paroles trompeuses » (2 P 2,3). Paul ironise contre les Corinthiens : « Si quelqu'un vous asservit, si quelqu'un vous dévore, si quelqu'un s'empare de vous, si quelqu'un est arrogant, si quelqu'un vous frappe au visage, vous le supportez » (2 Co 11,20). Le portrait le plus précis est celui de Diotrèphe, « qui aime à être le premier ». Non seulement il refuse l'autorité de l'apôtre Jean, mais il « ne reçoit pas les frères, et ceux qui voudraient le faire, il les en empêche et les chasse de l'Église » (3 Jn 9-10). Tout y est : l'amour de la première place, l'isolement imposé, l'exclusion de ceux qui ne s'alignent pas. Paul avait prévenu les anciens d'Éphèse : des hommes s'élèveront « pour entraîner les disciples après eux » (Ac 20,30). ### 6.7. « Ne touche pas à l'oint » ? Le droit d'examiner Une formule revient souvent pour faire taire les questions : *« Ne touche pas à l'oint de l'Éternel. »* Elle transforme toute vérification en sacrilège. Le Nouveau Testament dit l'inverse. Les Juifs de Bérée sont loués parce qu'ils « examinaient chaque jour les Écritures, pour voir si ce qu'on leur disait était exact » (Ac 17,11), et c'est Paul lui-même qu'ils examinaient. « Ne méprisez pas les prophéties. Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon » (1 Th 5,20-21). « N'ajoutez pas foi à tout esprit; mais éprouvez les esprits, pour savoir s'ils sont de Dieu » (1 Jn 4,1). Jésus donne le critère : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (Mt 7,16). Paul va jusqu'à dire que même « un ange du ciel » qui annoncerait un autre Évangile ne doit pas être suivi (Ga 1,8). Une parole libère enfin ceux qui ont peur : « Quand ce que dira le prophète n'aura pas lieu et n'arrivera pas, ce sera une parole que l'Éternel n'aura point dite. C'est par audace que le prophète l'aura dite: n'aie pas peur de lui » (Dt 18,22). La prophétie non accomplie n'est pas la faute de celui qui l'a reçue. Elle juge celui qui l'a prononcée. --- ## 7. Dérives sectaires dans les Églises : voix critiques et cas publics ### 7.1. Des voix africaines et pentecôtistes Les critiques les plus nettes viennent souvent de l'intérieur. Adedibu et Igboin (2019) réclament, au nom de l'eschatologie chrétienne, la redevabilité des leaders néo-pentecôtistes. Banda (2021) dénonce le culte de la célébrité prophétique. Fenga (2025) interroge le titre de « Papa ». Dube (2018) montre ce que la « parentalité spirituelle » doit au patriarcat. Resane (2016, 2021), depuis l'Afrique du Sud, critique la lecture d'Éphésiens 4 par Wagner et l'héritage du Shepherding Movement. Le Mouvement de Lausanne, qui réunit des évangéliques du monde entier, a aussi tranché. L'Engagement du Cap appelle l'Église à revenir à l'humilité, à l'intégrité et à la simplicité, et à rejeter l'idolâtrie du pouvoir ; il range l'évangile de la prospérité sous l'idolâtrie de la cupidité (Mouvement de Lausanne, 2010). En 2014, une consultation mondiale réunie à Atibaia, au Brésil, a prolongé cette réflexion : selon ses organisateurs, l'évangile de la prospérité a gravement miné, depuis plusieurs décennies, une vraie théologie du travail, de la richesse et de la pauvreté, de la maladie et de la santé (Mouvement de Lausanne, 2014). En France, le CNEF a publié en 2021 un guide de bonnes pratiques contre les abus sexuels et a ouvert en octobre 2022 un service d'écoute, « Stop abus » (CNEF, 2021). ### 7.2. Précautions de méthode pour les cas Les cas suivants sont publics, datés et documentés. Nous ne rapportons que ce que les sources publiées établissent, en distinguant les **faits reconnus** (par une décision de justice, par l'Église elle-même, ou par l'intéressé) et les **allégations**. Toute personne mise en cause est présumée innocente tant qu'une juridiction ne l'a pas condamnée. Nous omettons tout détail personnel inutile. ### 7.3. L'Église MFD, Montreuil (septembre 2026) Fin septembre 2026, l'Église MFD, à Montreuil, a publié sur Instagram un communiqué annonçant la destitution de son « Apôtre », Axel Levi, et de la pasteure Laurine Levi « de toutes leurs fonctions ministérielles », pour « des faits très graves ». Deux médias en ligne le rapportent, sans le dater de la même façon : le 29 septembre selon Infochrétienne (Boukorras, 2026), le 28 selon Camer.be (Onana, 2026a). Dans une lettre ouverte publiée sur les réseaux sociaux, Axel Levi indique avoir d'abord été suspendu le 27 septembre ; il reconnaît avoir eu des relations sexuelles, qu'il qualifie de consenties, avec des femmes de l'Église et de l'extérieur, et parle de péché d'adultère (Boukorras, 2026 ; Onana, 2026a). Les deux médias ne rapportent pas cette lettre dans les mêmes termes. Une ancienne responsable de la communication a, par ailleurs, dénoncé publiquement une manipulation et un abus de pouvoir. **Ce sont des allégations.** Aucune plainte judiciaire n'est mentionnée dans les sources consultées. La responsable de l'antenne MFD de Montréal, présentée comme prophétesse, a aussi été déchue de ses fonctions par le conseil d'administration, pour des fautes qualifiées de très graves, sans autre précision publique (Boukorras, 2026 ; Onana, 2026b). ### 7.4. My Gospel Church, région parisienne (décembre 2024) Le 6 décembre 2024, l'union d'Églises Perspectives, membre du CNEF, à laquelle *My Gospel Church* (région parisienne) était rattachée, a mis fin au ministère du pasteur fondateur pour « faute morale grave », après avoir recueilli des témoignages. Les faits évoqués par le président du CNEF (manipulation, emprise, abus de faiblesse, relations sexuelles multiples sur une dizaine d'années) sont des **allégations**. Le 15 décembre 2024, l'Église a été dissoute. Le CNEF a orienté les victimes vers « Stop abus », la police ou la Miviludes (Métreau, 2024 ; Westphal Perrier, 2025). ### 7.5. Lyon (2019) et Vaud (2022) : l'argent devant les juges En juin 2019, le tribunal correctionnel de Lyon a condamné un pasteur et son épouse à huit mois d'emprisonnement avec sursis et à trois ans d'interdiction de gérer une association. Ils avaient détourné plus de 152 000 euros de dons de fidèles par l'intermédiaire de quatre associations. Le signalement venait de Tracfin, en 2017 (Nelra, 2019 ; Boche, 2019). **C'est un fait jugé.** En Suisse, le Tribunal cantonal vaudois a rendu le 29 juin 2022 deux arrêts dans une procédure pénale pour usure et contrainte visant le pasteur fondateur d'une Église évangélique (Tribunal cantonal vaudois, 2022). Selon les faits reprochés, des fidèles auraient été incités à vendre leurs biens, à donner leurs héritages et à retirer leur épargne de retraite, après qu'un discours charismatique a établi un rapport de soumission. **Ce sont des faits reprochés**, à un stade où l'instruction était en cours. L'issue du procès ne nous est pas connue. ### 7.6. Neuchâtel (juin 2026) : une institution qui agit En juin 2026, l'Église réformée évangélique du canton de Neuchâtel (EREN) a retiré à une ancienne pasteure, accusée d'emprise spirituelle, d'atteinte sexuelle et de harcèlement, le droit d'exercer un ministère en son nom. Son Synode l'a décidé à l'unanimité, après une enquête interne menée par une commission de quatre personnes. Une procédure pénale est en cours, et une autre Église cantonale l'a suspendue (ATS/Blick, 2026). Les faits restent, au plan pénal, des accusations. ### 7.7. Ce que ces cas enseignent : le rôle d'une instance extérieure Ces cas ne prouvent pas que les Églises indépendantes sont plus dangereuses. Ils enseignent trois choses. D'abord, l'abus touche des Églises de toutes origines et de tous statuts. Ensuite, l'argent et la sexualité reviennent constamment, comme Demart (2013) l'a relevé. Enfin, et surtout, **ce qui change tout, c'est l'existence d'une instance capable d'agir** : une union d'Églises qui démet un pasteur, une fédération qui oriente les victimes, une Église cantonale qui enquête, un tribunal qui juge. **Là où cette instance n'existe pas, l'abus peut durer longtemps.** --- ## 8. Comment savoir si mon église est une secte ? 24 questions ### 8.1. Mode d'emploi : un faisceau, pas un signe Cette grille n'est pas un test validé : aucun instrument scientifique ne mesure le risque de gouvernance d'une congrégation. Elle rassemble des critères tirés de la sociologie, de la psychologie, des textes officiels et de la Bible, chacun avec sa source. Pour chaque question, répondez honnêtement : **jamais**, **parfois** ou **souvent**. Puis regardez l'ensemble. Un seul « souvent » ne fait pas d'un groupe un lieu d'emprise. Ce qui doit alerter, c'est **la présence durable de plusieurs critères, dans plusieurs blocs**, en particulier les blocs A, E et F. C'est la logique du faisceau d'indices retenue par la Miviludes (2005) et par Rodríguez-Carballeira et al. (2015). La question de fond est toujours la même : **puis-je dire non, poser une question, vérifier les comptes ou partir sans être puni, humilié ou menacé ?** ### 8.2. Bloc A. Gouvernance : qui contrôle le responsable ? 1. **Le responsable s'est-il donné lui-même son titre, ou l'a-t-il reçu d'un seul « père spirituel », sans qu'aucune communauté l'ait examiné ?** *Sources : Resane (2016) ; Maskens (2012) ; Confession d'Augsbourg, art. 14 ; Confession de La Rochelle, art. 31 ; Tt 1,5.* 2. **Existe-t-il un collège d'anciens qu'il ne nomme pas seul, et qui peut réellement le reprendre ou le démettre ?** *Sources : Weber (1922/1971) ; Chaves (1993) ; 1 Tm 5,19-21 ; Ac 15,6.22.* 3. **L'Église est-elle rattachée à une union d'Églises membre du CNEF ou de la FPF, ou reconnue via le CACPE en Belgique, avec un recours extérieur identifié ?** *Sources : CNEF (s. d. a) ; Wallonie (s. d.) ; Rodríguez-Carballeira et al. (2015), catégorie 6.* 4. **Les titres (« Apôtre », « Papa », « Prophète ») servent-ils à placer le responsable au-dessus des règles qu'il impose aux autres ?** *Sources : Mt 23,8-11 ; Fenga (2025) ; Rodríguez-Carballeira et al. (2015), catégorie 6.* ### 8.3. Bloc B. Argent : dons et comptes 5. **Les comptes sont-ils présentés aux membres, dans une structure juridique réelle (association cultuelle en France, ASBL en Belgique) ?** *Sources : Chaves (1993) ; Ukah (2007) ; Adedibu et Igboin (2019) ; Wallonie (s. d.).* 6. **Le don est-il présenté comme la condition d'une bénédiction ou d'une « percée », avec un montant fixé par le responsable ?** *Sources : Währisch-Oblau (2011) ; Garbin (2019) ; 1 P 5,2 ; 2 P 2,3 ; Assemblée nationale (1995).* 7. **De l'argent remonte-t-il vers un « père spirituel » ou un réseau en échange d'une « couverture » ?** *Sources : Christerson et Flory (2017) ; Moore (2003).* 8. **Vous a-t-on poussé à vendre des biens, à vous endetter ou à donner votre épargne ?** *Sources : Miviludes (s. d.), exigences financières exorbitantes ; Rodríguez-Carballeira et al. (2015), catégorie 3 ; Tribunal cantonal vaudois (2022), faits reprochés.* ### 8.4. Bloc C. Information et isolement 9. **Vous décourage-t-on de voir votre famille, vos amis ou d'autres chrétiens, présentés comme « religieux », « dangereux » ou « sous malédiction » ?** *Sources : Rodríguez-Carballeira et al. (2015), catégorie 1 ; Assemblée nationale (1995), rupture avec l'environnement d'origine ; 3 Jn 10.* 10. **Lire ou écouter d'autres enseignants est-il déconseillé, et toute critique extérieure présentée comme une attaque de l'ennemi ?** *Sources : Rodríguez-Carballeira et al. (2015), catégorie 2 ; Lifton (1961), contrôle du milieu.* 11. **Un vocabulaire interne coupe-t-il court aux questions (« esprit de rébellion », « esprit de Jézabel », « ne touche pas à l'oint ») ?** *Sources : Lifton (1961), langage chargé ; Koch et Edstrom (2022).* 12. **Vous demande-t-on de garder le secret sur ce qui se passe, y compris envers votre famille ou les autorités ?** *Sources : Oakley et Kinmond (2013) ; Johnson et VanVonderen (1991).* ### 8.5. Bloc D. Vie personnelle et émotions 13. **Le responsable décide-t-il de votre mariage, de votre travail, de votre logement ou de vos soins médicaux ?** *Sources : Rodríguez-Carballeira et al. (2015), catégorie 3 ; Oakley et Kinmond (2013) ; Miviludes (s. d.).* 14. **Réunions, veilles et jeûnes ne vous laissent-ils plus de temps pour le repos, la famille ou les études ?** *Sources : Rodríguez-Carballeira et al. (2015), catégorie 3 ; Miviludes (s. d.), conditions de vie éprouvantes.* 15. **Y a-t-il des humiliations ou des mises en cause publiques devant l'assemblée ?** *Sources : Rodríguez-Carballeira et al. (2015), catégorie 4 ; Ward (2011) ; Ez 34,4.* 16. **Chaque maladie, échec ou prophétie non accomplie est-il attribué à votre manque de foi ou de soumission ?** *Sources : Ward (2011) ; Dawson (1999) ; Dt 18,22.* 17. **Devez-vous confesser vos fautes au responsable, sans garantie de confidentialité ?** *Sources : Lifton (1961), culte de la confession ; Rodríguez-Carballeira et al. (2015), catégorie 4.* ### 8.6. Bloc E. Parole et doctrine 18. **Contredire le responsable revient-il à contredire Dieu ?** *Sources : Ward (2011) ; Oakley et Kinmond (2013) ; Lifton (1961), manipulation mystique ; Mouvement de Lausanne (2010).* 19. **Ses prophéties peuvent-elles être examinées publiquement, sans sanction ?** *Sources : Ac 17,11 ; 1 Th 5,20-21 ; 1 Jn 4,1 ; Dt 18,22.* 20. **Le groupe se dit-il le seul lieu où Dieu agit vraiment, les autres Églises étant « mortes » ?** *Sources : Rodríguez-Carballeira et al. (2015), catégorie 5 ; Lifton (1961).* 21. **L'Écriture sert-elle surtout à exiger l'obéissance au responsable, plutôt qu'à le soumettre lui-même à la Parole ?** *Sources : Oakley, Kinmond et Blundell (2024) ; Confession d'Augsbourg, art. 7 ; 1 P 5,3.* 22. **Poser une question est-il traité comme un péché ou une rébellion ?** *Sources : Koch et Edstrom (2022) ; Rodríguez-Carballeira et al. (2015), catégorie 5.* ### 8.7. Bloc F. Sortie : peut-on partir ? 23. **Ceux qui sont partis sont-ils diffamés, maudits ou interdits de contact ?** *Sources : 3 Jn 9-10 ; Lifton (1961), dispenser l'existence ; Rodríguez-Carballeira et al. (2015), catégorie 4.* 24. **Avez-vous peur, et non seulement de la tristesse, à l'idée de partir : peur d'une malédiction, d'un accident, de perdre votre salut ? Votre entourage a-t-il constaté chez vous un changement radical, de l'épuisement, de l'anxiété ?** *Sources : Miviludes (s. d.), difficulté de quitter le groupe et changement radical de comportement ; Saldaña et al. (2018, 2019).* ### 8.8. Ce qui n'est pas, en soi, un signe de secte La grille ne vise pas tout. La ferveur, une louange expressive, une exigence morale forte, le jeûne, la dîme proposée librement, la distance critique avec le monde, la petite taille, l'indépendance seule, la langue ou l'origine des membres : **aucun de ces traits n'est un indice d'emprise**. Ce sont des traits « sectaires » au sens sociologique, que partagent beaucoup d'Églises évangéliques saines (2.1). La grille vise des **pratiques de contrôle**, pas une manière de croire. --- ## 9. Comment sortir d'une église sous emprise ? *Cette partie donne des repères généraux. Elle ne constitue ni un conseil juridique ni un avis médical personnalisé.* ### 9.1. Ne pas rester seul La première étape est de **mettre des mots** sur ce que l'on vit, et de le dire à quelqu'un de confiance **hors du groupe** : un proche, un ami, un chrétien d'une autre Église. L'isolement est le premier mécanisme de l'emprise (5.2). Le rompre, même par une conversation, est un acte de liberté. Oakley, Kinmond et Blundell (2024) montrent que ce qui aide les victimes, c'est d'être écoutées, crues, sans minimisation ni réaction défensive. Et la victime n'est pas coupable de ce qu'elle a subi (Fernández, 2022). ### 9.2. Vérifier le rattachement de son Église Demandez simplement : à quelle union d'Églises appartenons-nous ? Qui peut recevoir une plainte contre le responsable ? Puis vérifiez la réponse auprès de l'union ou de la fédération citée. En France, une Église rattachée appartient à une union membre du [CNEF](https://www.lecnef.org/) ou de la [FPF](https://www.protestants.org/) (CNEF, s. d. a). En Belgique, demandez si la communauté est reconnue via le [CACPE](https://cacpe.be/) (Wallonie, s. d.). Un « réseau apostolique » qui ne dépend que d'un père spirituel n'est pas une union d'Églises. Le refus de répondre est en lui-même une information. ### 9.3. Se documenter et signaler : Miviludes, CIAOSN, « Stop abus » En France, la **[Miviludes](https://www.miviludes.interieur.gouv.fr/)** publie ses critères et ses ressources ; c'est vers elle que le CNEF oriente lui-même les victimes de dérives sectaires. Le CNEF propose aussi une page « Victime ou témoin d'abus : que faire ? » et le service d'écoute **« Stop abus »** (CNEF, s. d. b ; CNEF, 2021). En Belgique, le **CIAOSN**, créé par la loi du 2 juin 1998, informe et rend des avis sur les organisations sectaires nuisibles (Belgique, 1998). En cas de danger ou d'infraction, la police et la justice restent compétentes. Pour toute question juridique précise, il faut consulter un professionnel du droit. ### 9.4. Se faire accompagner Selon Saldaña et ses collègues (2017), ceux qui ont demandé une aide psychologique après leur départ avaient subi davantage d'abus. Demander de l'aide n'est donc pas une faiblesse : c'est une réponse proportionnée à ce qu'on a vécu. Langone (1993) a été l'un des premiers à décrire l'accompagnement des personnes qui sortent de groupes abusifs. Il est utile de choisir un psychologue qui connaît l'emprise, et un pasteur d'une Église rattachée qui ne cherchera pas à « récupérer » la personne. ::: card Article connexe [Après la secte, le vrai combat commence](https://ntilia.com/u/silence/fr/apres-la-secte-le-vrai-combat-commence) La liberté retrouvée se paie par le deuil des solutions surnaturelles et l'apprentissage de l'effort réel.  ::: ### 9.5. Partir sans perdre la foi Beaucoup croient qu'en quittant le groupe, ils quittent Dieu : c'est exactement ce que l'emprise fait croire. Mais la prophétie qui ne s'accomplit pas autorise le croyant à ne pas avoir peur (Dt 18,22). Le Christ est venu « pour servir » (Mt 20,28), non pour asservir. La peur de la malédiction peut persister longtemps ; la notion de « traumatisme religieux » (Winell, 2011), sans être un diagnostic, aide parfois à comprendre qu'elle est une séquelle, non un avertissement divin. Il faut du temps, et une communauté sûre. ### 9.6. Pour les proches et les pasteurs Savoir ne suffit pas (Golo et Benyah, 2025) : les arguments seuls convainquent rarement. Mieux vaut **garder le lien**, sans ultimatum, car la rupture avec l'entourage est précisément ce que l'emprise recherche. Ceux qui accompagnent doivent aussi prendre soin d'eux-mêmes : écouter ces récits peut blesser (Gubi et Jacobs, 2009). --- ## 10. Conclusion ### 10.1. Retour à la scène Sandrine cherchait une étiquette. Cet article lui propose plutôt des questions. Qui a appelé l'Apôtre, et qui peut le reprendre ? Où va l'argent du loyer ? Pourquoi la prophétie non accomplie est-elle devenue sa faute ? Pourquoi ne peut-elle plus parler à sa sœur ? Si plusieurs réponses l'inquiètent, ce n'est pas sa foi qui est en cause. C'est un pouvoir qui refuse d'être examiné. ### 10.2. Ce que l'article établit Premièrement, le mot « secte » ne tranche rien ; le droit et la sociologie jugent les **atteintes aux personnes**. Deuxièmement, le risque principal est structurel : une autorité charismatique sans contre-pouvoir, isolée de toute institution, exercée sur des personnes précaires, quelle que soit leur origine. Troisièmement, l'Écriture et les confessions de la Réforme soumettent toute autorité à la communauté, au caractère et à la Parole. Elles font de l'examen un devoir. ### 10.3. Limites et ouvertures Il n'existe presque aucune étude évaluée par les pairs sur les abus dans les Églises charismatiques indépendantes francophones. Les données psychologiques reposent sur des échantillons auto-sélectionnés. Plusieurs articles d'anthropologie n'ont été lus qu'à travers leurs résumés. Aucun outil validé ne mesure le risque de gouvernance d'une Église. **Une recherche de terrain sur ces Églises en France et en Belgique, menée avec les fédérations et les anciens membres, serait précieuse.** ### 10.4. Ce que cet article refuse Il refuse d'**essentialiser** : l'Afrique, la diaspora, le pentecôtisme ne sont pas des facteurs de risque. Il refuse de **confondre ferveur et emprise** : une foi exigeante n'est pas une dérive. Il refuse enfin de **sacraliser le pouvoir** : aucun titre, aucune onction, aucune « couverture » ne place un homme au-dessus de l'examen de ses frères et de la Parole de Dieu. --- ## Questions fréquentes ### Comment savoir si mon église est une secte ? Aucun signe isolé ne suffit. Ce qui doit alerter, c'est la présence durable de plusieurs critères, dans plusieurs domaines (gouvernance, argent, isolement, vie personnelle, parole, sortie) : c'est la logique du faisceau d'indices (Miviludes, 2005 ; Rodríguez-Carballeira et al., 2015). La grille de la partie 8 (24 questions sourcées) permet ce bilan. ### Quelle différence entre une église et une secte ? En sociologie, « Église » et « secte » sont deux types d'organisation, pas un verdict (Troeltsch, 1912 ; Johnson, 1963) : une grande partie du protestantisme évangélique y est « sectaire ». Le droit français et le droit belge ne définissent pas la secte ; ils jugent les atteintes aux personnes (Miviludes, 2005 ; Belgique, 1998). Voir la partie 2. ### Qu'est-ce que l'abus spirituel ? C'est une forme d'abus émotionnel et psychologique : un schéma systématique de comportements coercitifs et contrôlants, exercés dans un contexte religieux ou avec une justification religieuse (Oakley, Kinmond et Blundell, 2024). Un système, non un incident isolé, comme le contrôle coercitif décrit par Stark (2007). Voir la partie 5. ### Quels sont les signes d'une dérive sectaire ? La Miviludes (s. d.) parle d'un état de sujétion qui prive la personne d'une partie de son libre arbitre. Le rapport parlementaire de 1995 retenait dix indices (Assemblée nationale, 1995). La recherche distingue six familles de mécanismes (Rodríguez-Carballeira et al., 2015). Voir 2.3 et 5.2. ### Comment reconnaître un faux apôtre ou un faux prophète ? Le titre ne prouve rien : le Nouveau Testament connaît « de faux apôtres » (2 Co 11,13). L'Écriture demande un caractère éprouvé avant tout charisme (1 Tm 3 ; Tt 1 ; 1 P 5) et des prophéties examinées (1 Jn 4,1). La prophétie non accomplie juge celui qui l'a prononcée (Dt 18,22). Voir la partie 6. ### Une église non rattachée est-elle forcément une secte ? Non. L'absence de rattachement n'est pas en soi une faute : elle supprime un recours. Le rattachement est un indice, pas une garantie ; des abus surviennent aussi dans des Églises rattachées (3.5, 3.6 et partie 7). La différence décisive : une instance extérieure capable d'agir quand un abus est connu (Chaves, 1993). ### Comment sortir d'une église sous emprise ? D'abord, en parler à quelqu'un de confiance hors du groupe : être écouté et cru aide les victimes (Oakley, Kinmond et Blundell, 2024). Ensuite, vérifier le rattachement, se documenter et signaler : Miviludes et « Stop abus » en France, CIAOSN en Belgique. Enfin, se faire accompagner (Saldaña et al., 2017). Voir la partie 9. --- ## Sources ### A. Articles de revues 1. Adedibu, B. A. et Igboin, B. O. (2019). « Eschato-praxis and Accountability: A Study of Neo-African Pentecostal Movement in the Light of Prosperity Gospel ». *Verbum et Ecclesia* 40(1) : a1987. https://doi.org/10.4102/ve.v40i1.1987 2. Adogame, A. (2010). « Transnational Migration and Pentecostalism in Europe ». *PentecoStudies* 9(1) : 56-73. https://doi.org/10.1558/ptcs.v9i1.56 3. Anthony, D. et Robbins, T. (1992). « Law, Social Science and the “Brainwashing” Exception to the First Amendment ». *Behavioral Sciences & the Law* 10(1) : 5-29. https://doi.org/10.1002/bsl.2370100103 4. Banda, C. 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Mémorandum aux membres de la Task Force on Deceptive and Indirect Methods of Persuasion and Control. Texte reproduit par le CESNUR, centre d'études engagé dans ce débat. https://www.cesnur.org/testi/APA.htm - ATS / *Blick* (10 juin 2026). « Emprise et harcèlement : une ex-pasteure ne pourra plus exercer à Neuchâtel ». https://www.blick.ch/fr/suisse/romande/emprise-et-harcelement-une-ex-pasteure-ne-pourra-plus-exercer-a-neuchatel-id22017900.html - Belgique (1998). Loi du 2 juin 1998 portant création d'un Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles, art. 2. - Boche, J. (28 juin 2019). « Lyon : un prédicateur détournait l'argent de ses fidèles ». *Lyon Capitale*. https://www.lyoncapitale.fr/?p=170604 - Boukorras, M. 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Arrêts publiés et anonymisés, procédure PE18.025095. https://prestations.vd.ch/pub/101623/api/decision/download/9989e7c1-fc2f-45c8-971d-2876b4d5a7c9 - Unadfi (2018). « Évangéliques et dérives sectaires ». *Bulles* n° 137. https://www.unadfi.org/wp-content/uploads/2018/03/Evangeliques-et-derives-sectaires.pdf - Westphal Perrier, C. (7 août 2025). « My Gospel Church dissoute après des accusations contre son fondateur : l'affaire Matthieu Koumarianos ». *Infochrétienne*. https://www.infochretienne.com/articles/my-gospel-church-dissoute-apres-des-accusations-contre-son-fondateur-laffaire-matthieu-koumarianos/ ### Sources scripturaires citées dans le corps Dt 18,22 ; Ez 34,2.4 ; Mt 7,16 ; Mt 20,25-28 ; Mt 23,8-11 ; Ac 1,22 ; Ac 15,6.22 ; Ac 17,11 ; Ac 20,30 ; 1 Co 4,15 ; 1 Co 9,1 ; 2 Co 11,13 ; 2 Co 11,20 ; Ga 1,8 ; Ep 2,20 ; Ep 4,11-12 ; 1 Th 5,20-21 ; 1 Tm 3,1-7 ; 1 Tm 5,19-21 ; Tt 1,5 ; Tt 1,7 ; Tt 1,11 ; 1 P 5,2-3 ; 2 P 2,3 ; 1 Jn 4,1 ; 3 Jn 9-10. ### Note sur la qualité des sources **Solides.** Le cœur de l'argumentation repose sur des articles évalués par les pairs dont le DOI a été contrôlé : Rodríguez-Carballeira et al. (2015), Saldaña et al. (2017, 2018, 2019), Oakley et al. (2018, 2024), Ward (2011), Koch et Edstrom (2022), Ellis et al. (2022), Dawson (1999), Chaves (1993), Richardson (1993), Barker (1995), Resane (2016), Dube (2018), Adedibu et Igboin (2019), Golo et Benyah (2025), ainsi que les travaux d'anthropologie de Mottier, Maskens, Demart et Garbin. Les textes officiels français et belges (rapport de 1995, guide de la Miviludes, loi française de 2024, arrêt de la Cour d'arbitrage, qui reproduit la définition de la loi belge de 1998) ont été consultés dans leur version officielle ou dans une reproduction intégrale. **Monographies de référence.** Weber, Troeltsch, Lifton, Lalich, Moore, Christerson et Flory, Hervieu-Léger, Palmer, Fath et Adogame sont des ouvrages universitaires reconnus. Plusieurs n'ont été consultés qu'à travers des notices ou des comptes rendus ; nous n'en citons aucun passage entre guillemets. **Limites assumées.** Certains articles d'anthropologie publiés sur OpenEdition et Cairn n'ont été lus qu'à travers leurs résumés d'auteur ; nous les paraphrasons. Le modèle BITE (Hassan, 2020) et la notion de « traumatisme religieux » (Winell, 2011) ne sont pas validés par des revues à comité de lecture : ils sont présentés comme des outils de vulgarisation. Le *Cultic Studies Journal* (Chambers et al., 1994), *Uzance* (Maskens, 2011) et la revue de Slade et al. (2023) n'ont pas pu être confirmés comme revues à comité de lecture. Les revues *Bulles* (Lecomte, 2012 ; Unadfi, 2018) émanent d'une association engagée. Les ouvrages d'Introvigne et Melton (1996) et de Palmer (2011) défendent une position critique assumée ; le mémorandum de l'APA de 1987 est cité d'après sa reproduction par le CESNUR, centre engagé dans ce débat. Les cas publics reposent sur la presse et, pour Vaud, sur une décision de justice ; aucune issue judiciaire au fond n'est connue pour les cas MFD, My Gospel Church, Vaud et Neuchâtel. Les citations d'ouvrages en anglais sont données dans notre traduction. *Les citations bibliques suivent pour l'essentiel la version Louis Segond (1910).* *Article destiné à [Au cœur du Silence](https://ntilia.com/u/silence), rubrique Recherches. Orientation : christianisme protestant.* [^1]: Sujétion: La sujétion est l'état d'une personne ou d'un groupe soumis à une autorité contraignante, ou l'obligation d'obéir à une contrainte