# Faux prophètes et faux apôtres, comment les reconnaître ?

> Apôtre ou prophète autoproclamé, faux prophète ou homme de Dieu ? Ce que disent l'anthropologie, la psychologie et la Bible pour éprouver leur autorité.

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Langue: fr
Auteur: Au Cœur du Silence (https://ntilia.com/u/silence)
Date de publication: 2026-10-04T19:28:50.048+00:00
Dernière mise à jour: 2026-10-05T15:44:41.457+00:00
Série: Recherches (https://ntilia.com/u/silence/s/recherches)
Tags: faux apôtres, faux prophètes, apôtre autoproclamé, prophète autoproclamé, homme de dieu, abus spirituel, consultation prophétique, néo-pentecôtisme, églises de la diaspora, discernement
Voir aussi:
- Église ou secte ? Reconnaître l'abus spirituel et en sortir (https://ntilia.com/u/silence/fr/eglise-ou-secte-reconnaitre-l-abus-spirituel-et-en-sortir)

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## Résumé

Comment reconnaître un faux prophète ou un faux apôtre quand on fréquente une assemblée indépendante dirigée par un « apôtre », un « prophète » ou un « papa » qui ne rend de comptes à personne ? À partir d'une littérature académique évaluée par les pairs, de rapports publics, de décisions de justice et de documents d'Églises, cet article examine la figure même de ces responsables. L'histoire montre que le prophétisme chrétien africain a un siècle d'existence et qu'il était souvent encadré (Harris, Kimbangu, Shembe, Christianisme céleste), alors que le « prophète » indépendant d'aujourd'hui en hérite le prestige sans l'encadrement (Omenyo, Quayesi-Amakye, Meyer, Onyinah). L'anthropologie décrit la fabrication de son autorité : titres en cascade, diplômes douteux, richesse exhibée, objets oints, consultations payantes (McCauley, Resane, Banda, Kgatle). La psychologie explique pourquoi une prophétie paraît exacte sans l'être et pourquoi la réputation d'un orateur diminue la vigilance (Forer, Hyman, Schjødt, Padilla). Des cas publics en Afrique, aux États-Unis et en France, et les réponses des États, sont présentés en distinguant condamnations, poursuites et allégations. L'auteur, protestant évangélique, relit les critères bibliques pour éprouver les prophètes (Ap 2,2 ; Jr 23 ; Mi 3 ; 2 R 5 ; Ac 8 ; Dt 13 ; 1 Co 14) et ceux de l'Église ancienne (Didachè, Hermas). Il propose dix questions concrètes. Sa conclusion : la Bible ne demande pas de croire celui qui « se dit » envoyé, mais de l'éprouver, et une parole de Dieu ne se vend pas.

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## 1. Introduction, faux prophète ou homme de Dieu ?

**Faux prophète ou véritable homme de Dieu ?** Beaucoup de fidèles d'assemblées indépendantes finissent par se poser la question à propos de leur « apôtre » ou de leur « prophète ». Cet article ne répond pas par une étiquette. Il explique d'où viennent ces figures, comment leur autorité se fabrique, pourquoi leurs prophéties paraissent vraies, et comment la Bible demande de les éprouver.

### 1.1. Une scène composite, la consultation prophétique

*Avertissement : la scène qui suit est une scène composite. Elle ne décrit aucune personne ni aucune Église réelle. Elle assemble des pratiques que la littérature citée dans cet article décrit de façon récurrente (voir les parties 3, 4 et 5).*

Joël (le prénom est inventé) a trente-quatre ans. Il attend depuis trois ans une réponse de la préfecture[^1]. Un collègue l'a invité à une « nuit de percée »[^2] organisée dans une salle louée, au bord d'une nationale. À l'entrée, une hôtesse lui demande de remplir une « fiche de prière » : nom, téléphone, quartier, « sujet de prière ».

Vers une heure du matin, l'orateur monte sur l'estrade. L'affiche le présente comme « Docteur Prophète » et « Major Prophet »[^3]. Il a été « consacré », dit le programme, par son « papa spirituel »[^4] établi à l'étranger. Pendant deux heures, la louange monte, s'interrompt, repart. Puis le prophète désigne la salle : *« Il y a ici un homme dont le numéro se termine par 47. Ton dossier est bloqué. Quelqu'un dans ta famille ne veut pas que tu t'élèves. »* Le numéro de Joël se termine par 47. Il s'avance en tremblant.

Le prophète lui annonce ses papiers « avant trois mois », à une condition : semer une *« semence prophétique »*[^5] de 300 euros et acheter un flacon d'huile « ointe » à oindre chaque matin sur le seuil de sa porte. Joël donne ce qu'il a. Trois mois passent, puis six. Rien. Quand il ose en parler, un responsable lui répond qu'il a sans doute « manqué de foi » ou « laissé une porte ouverte à l'ennemi ».

Un soir, il cherche sur son téléphone : « comment reconnaître un faux prophète ».

### 1.2. Une question légitime

La question de Joël n'est ni une révolte, ni un manque de foi. Le Nouveau Testament la pose lui-même : l'Église d'Éphèse est félicitée parce qu'elle a « éprouvé ceux qui se disent apôtres et qui ne le sont pas » (Ap 2,2). Le premier article de cette série, ***[[Église ou secte ? Reconnaître l'abus spirituel et en sortir]]***, a montré qu'une assemblée dirigée par un responsable qui ne rend de comptes à personne présente un risque structurel, quelle que soit la sincérité des fidèles. Il en a tiré une grille de 24 questions sur la gouvernance, l'argent et la sortie.

Le présent article ne regarde plus l'Église, mais **la figure qui la dirige** : l'« apôtre », le « prophète », le « papa », l'« homme de Dieu ». D'où vient-elle ? Comment son autorité se construit-elle ? Comment l'éprouver sans mépriser ceux qui la suivent ?

### 1.3. Thèse en trois affirmations

**Premièrement**, le prophète africain n'est pas né avec le néo-pentecôtisme[^6]. Il a une histoire d'un siècle, faite de figures souvent respectables et d'Églises qui ont encadré le charisme. Le « prophète » indépendant d'aujourd'hui est une figure **hybride** : il emprunte à cette histoire, à la place sociale du devin, au pentecôtisme mondial et aux médias. Il n'est ni l'héritier naturel de cette tradition ni une simple importation américaine.

**Deuxièmement**, l'autorité de l'« apôtre » ou du « prophète » autoproclamé se **fabrique** par des procédés repérables : le récit d'appel invérifiable, l'inflation des titres, les diplômes douteux, l'étalage de richesse, les objets oints, les consultations payantes, les « révélations » précises. La psychologie montre en outre pourquoi une prophétie peut paraître exacte sans l'être, et pourquoi la croyance dans le don d'un orateur diminue la vigilance à son égard.

**Troisièmement**, la Bible ne demande pas de croire tout homme qui se dit envoyé. Elle demande d'**éprouver** les prophètes et les apôtres, par des critères concrets : l'envoi reconnu, le rapport à l'argent, la fidélité à l'Évangile, les fruits, et le jugement de la communauté. Les premiers chrétiens ont appliqué ces critères avec une précision étonnante.

### 1.4. Vocabulaire, prophète, apôtre, autoproclamé, homme de Dieu

**Prophète.** Dans la Bible, le prophète transmet une parole reçue de Dieu. Dans le christianisme africain contemporain, le mot désigne souvent un responsable doté de dons de vision, de « révélation » et de délivrance[^7], qui en fait la base de son autorité (Omenyo, 2011 ; Ramantswana, 2019).

**Apôtre.** Au sens fort, un témoin de la résurrection envoyé par le Christ (Ac 1,22 ; 1 Co 9,1). Dans les réseaux charismatiques indépendants, le titre désigne un responsable qui revendique une autorité sur plusieurs Églises ou pasteurs. L'[article précédent](https://ntilia.com/u/silence/fr/eglise-ou-secte-reconnaitre-l-abus-spirituel-et-en-sortir) en a retracé la généalogie américaine (partie 3).

**Autoproclamé.** Nous appelons ainsi un responsable dont le titre ne repose sur **aucune reconnaissance par une instance extérieure** : ni union d'Églises[^8], ni collège d'anciens qu'il ne nomme pas lui-même. Le titre peut avoir été conféré par un « père spirituel » unique, ce qui revient au même quand ce père n'est lui-même examiné par personne.

**Homme de Dieu** (*man of God*). Expression courante dans les Églises africaines et diasporiques pour désigner le responsable charismatique. Elle souligne sa proximité avec Dieu, et donc sa distance avec les fidèles (Gunda et Machingura, 2013).

### 1.5. Méthode et position de l'auteur

Cet article s'appuie d'abord sur des **articles évalués par les pairs**[^9] en anthropologie, en histoire du christianisme africain, en psychologie sociale et en théologie, ensuite sur des monographies universitaires, des rapports publics (commissions, parlements, ONG) et des décisions de justice rapportées par la presse de référence. Les références complètes figurent à la fin. Nous avons écarté un article souvent cité sur les « pratiques inhabituelles » des Églises néo-pentecôtistes sud-africaines, rétracté en 2021 pour plagiat.

Trois précautions guident l'analyse : **aucune essentialisation**, car l'abus n'est pas « africain » et les mêmes mécanismes sont documentés en Amérique et en Europe ; **la présomption d'innocence**, en distinguant pour chaque cas condamnation, poursuites et allégations ; **le respect des fidèles**, qui cherchent le plus souvent sincèrement Dieu, une guérison ou une protection.

L'auteur écrit depuis une **perspective protestante évangélique** déclarée. Il croit que Dieu peut encore parler et agir aujourd'hui, et c'est précisément pour cette raison qu'il prend au sérieux l'exigence biblique de discernement. La description anthropologique et psychologique ne tranche pas les questions de foi ; le jugement théologique est réservé à la partie 8 et annoncé comme tel.

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## 2. D'où viennent les prophètes africains ? Une histoire longue

### 2.1. Harris, le prophète qui refusait l'argent

L'histoire du prophétisme chrétien africain commence bien avant les « nuits de percée ». En 1910, William Wadé Harris, ancien enseignant et évangéliste d'une mission épiscopale[^10] du Liberia, est emprisonné pendant un conflit local. Il y dit avoir reçu la visite de l'ange Gabriel. Vêtu d'une robe blanche, une croix et une Bible à la main, il parcourt ensuite la Côte d'Ivoire et la Gold Coast (l'actuel Ghana) dans les années 1910 et baptise des dizaines de milliers de personnes (Shank, 1994 ; Shank, 1998).

Deux traits de son ministère intéressent directement notre sujet. D'abord, Harris **refuse l'argent** pour son ministère. Ensuite, il **ne garde pas ses convertis pour lui** : il les renvoie vers les missions catholique et protestante, ou désigne localement des responsables chargés d'attendre des enseignants « avec la Bible » (Shank, 1998). Après lui, un missionnaire méthodiste organisera des Églises sur ces communautés. Le premier grand « prophète » d'Afrique de l'Ouest n'a donc pas fondé une Église autour de sa personne. C'est un contre-modèle précieux : un charisme puissant qui ne capte ni l'argent ni la loyauté.

### 2.2. Kimbangu, Shembe, Aladura, un charisme encadré

D'autres prophètes fondent, eux, des Églises durables. Au Congo belge[^11], Simon Kimbangu prêche et guérit en 1921. Son ministère public ne dure que quelques mois avant son arrestation ; il reste détenu jusqu'à sa mort en 1951. L'Église kimbanguiste devient l'une des plus grandes Églises africaines indépendantes[^12], avec une forte dimension d'émancipation face au pouvoir colonial (Mokoko Gampiot, 2017).

En Afrique du Sud, Isaiah Shembe fonde en 1910 l'Église des Nazaréens (*Ibandla lamaNazaretha*), qui compte aujourd'hui plus de quatre millions de membres. Joel Cabrita (2014) montre que l'autorité du prophète s'y est construite et transmise **par des textes** : des écrits sacrés complémentaires consignent ses miracles et ses enseignements. Au Nigeria, les Églises *Aladura* (« ceux qui prient ») naissent dans les années 1920 et 1930 de mouvements de prière et de guérison (Turner, 1967 ; Peel, 1968). Le Christianisme céleste, fondé au Dahomey (l'actuel Bénin) en 1947 par Samuel Oshoffa, articule visions et pratiques divinatoires avec une **hiérarchie très codifiée** (Henry, 2008).

Ces Églises ont leurs propres problèmes, mais le charisme prophétique y était le plus souvent **encadré** : par des grades et des rôles distincts, par des règles publiques, par des textes, par des règles de succession.

### 2.3. Des Églises indépendantes au néo-pentecôtisme, une figure hybride

On oppose souvent les Églises indépendantes « authentiquement africaines » et un pentecôtisme « importé » d'Amérique. Les historiens ont nuancé ce schéma. David Maxwell (1999) montre que les Églises sionistes[^13] d'Afrique australe sont nées dans les réseaux pentecôtistes mondiaux du début du XXᵉ siècle. Birgit Meyer (2004) observe que les catégories « africain » et « indépendant » ne suffisent plus à décrire les Églises pentecôtistes et charismatiques actuelles, à la fois globales et locales.

Le « prophète » des années 2000 est donc une figure **hybride**. Joseph Quayesi-Amakye (2013), théologien pentecôtiste ghanéen, relève que les nouveaux prophètes du Ghana réemploient des pratiques des anciennes Églises indépendantes (huile d'onction, lavement des pieds, autels) que le pentecôtisme classique avait combattues. André Mary (2002) décrit, en Côte d'Ivoire, le passage des « prophètes guérisseurs » aux « prophètes pasteurs » de la délivrance. La forme change ; la fonction demeure : dire la cause cachée du malheur et prescrire un remède.

### 2.4. Le prophète et la place du devin

C'est sans doute le point le plus important pour comprendre l'attrait de ces figures. Dans de nombreuses sociétés africaines, le malheur (maladie, stérilité, échec, mort) appelle la recherche d'une **cause** spirituelle : sorcellerie, ancêtres, malédiction. Autrefois, on s'adressait pour cela au devin[^14] ou au prêtre traditionnel.

Opoku Onyinah (2002), ancien président de la Church of Pentecost, écrit de l'intérieur du pentecôtisme ghanéen. Il montre que les ministères de délivrance ont pris le relais des cultes anti-sorcellerie du XXᵉ siècle. Selon lui, les gens se préoccupaient de connaître auprès des prêtres traditionnels « les causes surnaturelles des malheurs » (p. 112), et cette quête s'est transportée dans l'Église. Cephas Omenyo (2011) établit de même une continuité entre la divination traditionnelle, les Églises indépendantes et le néo-pentecôtisme : le prophète répond à une demande profonde de sens et de protection.

Le prophète-délivreur occupe donc, en partie, **la place sociale du devin** : il voit ce que les autres ne voient pas, nomme l'ennemi caché et prescrit le rituel. Onyinah (2002, p. 131-132) en relève lui-même les effets négatifs : accusation de personnes vulnérables, confessions obtenues sous pression, maladies non soignées, exploitation financière favorisée par l'absence de toute certification des « délivreurs ».

Il faut pourtant éviter un contresens. Birgit Meyer (1998) a montré que le pentecôtisme ghanéen invite à une « rupture complète avec le passé », mais que, pour combattre la tradition, il doit sans cesse la nommer, ce qui la maintient vivante comme réalité démoniaque. Continuité et rupture vont ensemble. Dire « les Africains croient à la sorcellerie, donc ils suivent des prophètes » serait faux et méprisant. Les dynamiques sont aussi urbaines, économiques, médiatiques et mondiales.

### 2.5. Ce qu'il faut retenir

Trois conclusions se dégagent de cette histoire. La figure du prophète a, en Afrique, une **légitimité ancienne**, et certains prophètes fondateurs furent des modèles de désintéressement. Cette légitimité était le plus souvent **encadrée** par des communautés, des règles et des textes. Le « prophète » indépendant d'aujourd'hui hérite du prestige de la figure, mais souvent **sans l'encadrement**. C'est cette rupture, et non l'origine africaine, qui crée le risque.

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## 3. La vague prophétique depuis les années 1990

### 3.1. Ghana, la naissance du néo-prophétisme

Au Ghana, deux chercheurs de l'Université du Ghana, Cephas Omenyo et Abamfo Atiemo (2006), ont été les premiers à décrire le « néo-prophétisme » comme une catégorie à part. Il s'agit, écrivent-ils, d'une forme de christianisme pentecôtiste qui se développe dans le pays depuis les années 1990 et qui mérite sa propre catégorie. Ils l'interprètent comme une **conquête d'espace religieux** par des responsables qui ne trouvent pas leur place dans les structures existantes. L'autoproclamation est ici une stratégie : faute d'être reconnu par une Église, on fonde la sienne.

Quayesi-Amakye (2013) ajoute un constat sévère : beaucoup de ces ministères sont fondés par des responsables à peu près dépourvus de formation biblique. Kwabena Asamoah-Gyadu (2005), autre théologien ghanéen, montre le rôle de la télévision après la libéralisation des médias de 1992 : l'« onction »[^15] elle-même passe à travers l'écran, et l'image médiatique de l'« homme de Dieu » devient une composante de son autorité.

### 3.2. Zimbabwe, des prophètes et des profits

Au Zimbabwe, la vague prophétique s'est accélérée après 2008, avec des figures très médiatisées (Chitando et Biri, 2016). Le titre du recueil dirigé par Ezra Chitando, Masiiwa Gunda et Joachim Kügler (2013) résume le débat : *Prophets, Profits and the Bible in Zimbabwe*. Gunda et Machingura (2013) y montrent comment ces prophètes construisent leur statut d'« homme de Dieu » à partir des figures bibliques d'Élie et d'Élisée.

Vhumani Magezi et Collium Banda (2017) en tirent une critique théologique nette. Ces prophètes se présentent comme des autorités « super-spirituelles » sur lesquelles les croyants doivent s'appuyer **en plus du Christ**. Ils prolongent leur présence dans la vie de leurs fidèles par des objets oints : photos d'eux-mêmes, huile, bracelets. Banda (2018) ajoute une lecture sociale qui interdit le mépris : pour des pauvres confrontés à l'injustice économique, le recours au prophète est une forme d'« activisme spiritualisé ». On va chez le prophète parce que rien d'autre ne semble pouvoir changer sa situation.

### 3.3. Afrique du Sud, les « nouvelles Églises prophétiques »

Entre 2014 et 2017, l'Afrique du Sud a découvert avec stupeur des pratiques extrêmes dans certaines « nouvelles Églises prophétiques » : fidèles à qui l'on fait manger de l'herbe ou des serpents, boire de l'essence, ou que l'on asperge d'insecticide (Banda, 2019b). La commission publique chargée des droits des communautés religieuses (CRL)[^16] a tenu des auditions du 3 novembre 2015 au 23 mars 2016, puis publié un rapport en 2017. Elle y décrit des Églises contrôlées et possédées par une seule personne, des responsables exigeant de fortes sommes avant de prier pour leurs fidèles, et des biens achetés avec les dons mais enregistrés au nom du responsable (Banda, 2019b). La partie 7 revient sur ses recommandations.

Hulisani Ramantswana (2019), bibliste sud-africain, propose une distinction utile. Dans le Nouveau Testament, la prophétie relève du ministère de tout croyant qui annonce l'Évangile. Dans les Églises néo-prophétiques, elle est redevenue un **office spécial**, exercé par une poignée d'élus qui répondent au désir d'une parole divine personnalisée, au risque d'exploiter la foi de ceux qui la demandent.

### 3.4. En Europe francophone, des prophètes en diaspora

Ces figures circulent avec les migrations. Dès 2009, une étude de la Fédération des Églises protestantes de Suisse[^17] recensait « plus de trois cents nouvelles Églises de migrants » dans le pays (Röthlisberger et Wüthrich, 2009, p. 5). Elle décrivait des pasteurs charismatiques qui mènent à la fois les affaires spirituelles et temporelles de leur communauté, une forte tendance à la scission et un pastorat vécu comme une ascension sociale. En Belgique, Mabiala Dibudi Way-Way (2015) a étudié environ soixante-dix Églises et cinquante pasteurs africains. Ruy Blanes (2010) montre comment le charisme d'un prophète angolais a circulé en Europe à l'initiative des migrants eux-mêmes.

En juillet 2025, la directrice du centre belge de vigilance sur les organisations sectaires (CIAOSN)[^18] citait parmi ses préoccupations des pasteurs pentecôtistes qui prêchent depuis l'étranger devant des fidèles connectés en Belgique, et les dons en cryptomonnaies (*La Libre Belgique*, 17 juillet 2025). Le prophète n'a parfois plus besoin d'être présent : l'écran suffit.

**Une lacune doit être dite.** Nous n'avons trouvé aucune étude évaluée par les pairs consacrée aux **titres** et aux **consécrations** (qui consacre qui, contre quoi) dans les Églises africaines indépendantes de France, de Belgique et de Suisse. Les analyses qui suivent s'appuient donc surtout sur des travaux africains, que nous transposons avec prudence. C'est un champ de recherche à ouvrir.

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## 4. Comment devient-on apôtre ou prophète ? La fabrication de l'autorité

En croisant les travaux cités, on peut décrire sept procédés par lesquels se construit l'autorité d'un « apôtre » ou d'un « prophète » autoproclamé. Aucun n'est une preuve d'abus à lui seul. Ensemble, ils dessinent un répertoire que le lecteur peut apprendre à reconnaître.

### 4.1. Le récit d'appel, une légitimité invérifiable

Tout commence par un récit : une vision, un songe, une voix, un miracle. Harris, Kimbangu ou Oshoffa en avaient un. Le récit d'appel n'a rien de suspect en soi ; la Bible en contient de nombreux (Es 6 ; Jr 1 ; Ac 9). La différence tient à ce qu'on en fait. Pour les prophètes fondateurs, le récit d'appel ouvrait un ministère qui serait ensuite reconnu, organisé ou contesté par une communauté. Pour l'autoproclamé, il **dispense de toute reconnaissance**. Puisque Dieu l'a appelé directement, nul n'a qualité pour examiner son appel.

L'article précédent *[[Église ou secte ? Reconnaître l'abus spirituel et en sortir]]*,  a montré comment la « Nouvelle Réforme apostolique »[^19] a théorisé ce raisonnement (Resane, 2016). En Afrique du Sud, la même revendication d'une instruction directe de Dieu sert à délégitimer la formation théologique (Resane, 2017).

### 4.2. L'inflation des titres

Le deuxième procédé est l'accumulation des titres. Resane (2024), théologien pentecôtiste sud-africain, cite une liste relevée par un collègue : *Chief Apostle, Senior Apostle, Head Apostle, Lead Apostle, Senior Prophet, Head Prophet, Visionary and Prophet* (p. 2). Il y ajoute l'adoption en cascade des titres d'archevêque, d'évêque, d'apôtre et de prophète, qu'il attribue en partie à l'influence de la Nouvelle Réforme apostolique (p. 8). Kgatle (2019) écrit que des pasteurs autoproclamés fondent leur Église et s'attribuent les titres prophétiques de leur choix, tels que « le majeur » ou « le voyant ».

Le titre n'est pas un détail de vocabulaire. Il fixe une **distance**. On ne contredit pas un « Major Prophet » comme on contredirait un frère. Jésus l'avait vu : « ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères » (Mt 23,8). L'article précédent a commenté ce texte (6.5). Ajoutons ici un fait instructif : une grande Église pentecôtiste historique, l'Apostolic Faith Mission d'Afrique du Sud, a elle-même publié un document interne sur « l'usage et l'abus des titres » chez ses pasteurs, où elle parle de « présentation frauduleuse » (*fraudulent misrepresentation*) à propos des titres usurpés (AFM of SA, s. d.). La critique vient de l'intérieur du pentecôtisme.

### 4.3. Le « Docteur », des diplômes sans valeur

Le troisième procédé est le titre académique. Resane (2024) consacre un article entier aux responsables pentecôtistes qui se font appeler « Dr » ou « Prof » sur la base de doctorats honorifiques délivrés par des institutions non accréditées. Dans son résumé, il note que des sommes exorbitantes sont payées pour ces qualifications factices. Le document de l'AFM déjà cité constate que certains achètent de faux diplômes sur Internet ou auprès de fausses universités, et exigent pourtant d'être appelés par ce titre.

Ce point se vérifie facilement. Un doctorat réel est délivré par une université reconnue, après une thèse publique dont le titre et la date sont consultables. Un « doctorat » qu'on ne peut pas retracer, ou décerné par un « séminaire » qui n'est accrédité nulle part, ne prouve rien d'autre que le désir de paraître.

### 4.4. La richesse comme preuve d'onction

Le quatrième procédé est l'étalage de la réussite. Le politiste Jeffrey McCauley (2013) a appliqué aux Églises pentecôtistes ghanéennes le modèle africain du **« big man »**[^20] : un patron qui échange ressources et protection contre la loyauté de ses clients. Selon lui, le pentecôtisme reproduit cette logique en encourageant les membres à rompre avec leur passé, à faire confiance à leurs dirigeants et à s'engager exclusivement dans leur réseau religieux. Un pasteur qu'il a interrogé résume la logique de l'étalage : *« Comment pourrais-je être pris au sérieux s'il n'est pas évident que j'ai moi-même été béni ? »* (McCauley, 2013, p. 17, notre traduction).

Karen Lauterbach (2017) descend au niveau des petites Églises. Elle montre que devenir pasteur est aussi, pour des hommes de condition modeste, une manière de devenir de « petits big men ». On comprend alors l'étude suisse déjà citée, qui voyait dans le pastorat une voie d'ascension sociale pour des migrants (Röthlisberger et Wüthrich, 2009). Cette ambition n'est pas coupable en soi. Elle le devient quand la voiture, le costume et la maison du responsable sont présentés comme la **preuve** de son onction, et donc comme un argument pour lui donner davantage.

### 4.5. Les objets oints et l'onction à travers l'écran

Le cinquième procédé est la médiation par les objets : huile, eau, sel, mouchoirs, autocollants, bracelets, calendriers, photographies du prophète. Magezi et Banda (2017) montrent que ces objets prolongent la présence du prophète dans la vie quotidienne du fidèle. Banda (2019a) va plus loin : il compare ces objets aux charmes de la religion traditionnelle. L'Esprit Saint y est traité comme une force impersonnelle que l'on contrôle par des moyens quasi magiques, et non comme une personne divine que l'on prie.

Les médias jouent le même rôle à plus grande échelle. Asamoah-Gyadu (2005) a parlé d'une « onction à travers l'écran ». Aujourd'hui, les directs sur les réseaux sociaux, les « miracles » filmés et les témoignages montés transforment le prophète en célébrité. Ses fidèles de Paris, de Bruxelles ou de Genève peuvent le suivre en temps réel, et donner en ligne.

### 4.6. Consultations payantes et « prophétie forensique »

Le sixième procédé est la **consultation prophétique** : un entretien privé où le prophète « révèle » à une personne sa situation et son avenir. Kgatle (2019) décrit ce qu'il appelle la prophétie « forensique », dans laquelle le prophète révèle des détails personnels de la personne : nom, adresse, numéro de téléphone ou de plaque d'immatriculation. Il rapporte, sous forme d'allégation, que de telles consultations seraient facturées entre 5 000 et 7 000 rands en Afrique du Sud. La commission CRL a, de son côté, relevé des responsables exigeant de fortes sommes avant de prier pour leurs fidèles (Banda, 2019b).

La partie 5 montre comment de telles « révélations » peuvent être obtenues sans aucun don surnaturel. Retenons ici le principe : **une parole de Dieu qui se paie** pose, à elle seule, un problème biblique majeur (partie 8).

### 4.7. Le « nous » des élus

Le septième procédé est le plus discret. La psychologie sociale contemporaine décrit le leader comme un **« entrepreneur d'identité »** : il exerce une influence parce qu'il est perçu comme le représentant typique du « nous » du groupe, qu'il agit pour ce « nous » et qu'il le définit (Haslam, Reicher et Platow, 2020). Le « prophète » excelle dans ce travail : *« nous, le reste fidèle », « nous qui avons reçu la révélation », « eux, les Églises mortes, les religieux, les jaloux »*.

Plus ce « nous » est fort, plus la critique du leader devient une trahison du groupe. Batibonak (2018) en montre une conséquence concrète au Cameroun : des pasteurs désignent la famille comme source principale du mal et un parent comme sorcier, puis offrent l'Église comme « famille spirituelle » de remplacement. Certains convertis sont alors « déshérités, reniés ou tout simplement chassés du domicile familial ». Le prophète devient l'unique interprète du malheur, et tout regard extérieur devient suspect.

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## 5. Pourquoi une prophétie paraît vraie ? La psychologie de la croyance

Cette partie ne dit pas que toute prophétie est une illusion. Elle montre que **l'impression d'exactitude ne prouve rien**, parce que des mécanismes bien connus suffisent à la produire. Le discernement que la Bible demande (partie 8) en devient d'autant plus nécessaire.

### 5.1. Le charisme est une attribution

Depuis Max Weber (1922/1971), on appelle « charisme » une autorité fondée sur la croyance des suiveurs en des qualités extraordinaires. La psychologie des organisations a précisé que le charisme est d'abord un **phénomène d'attribution** : ce sont les suiveurs qui l'attribuent au leader, à partir de comportements observables, comme une vision en rupture avec l'ordre établi, une prise de risque personnelle ou une conduite non conventionnelle (Conger et Kanungo, 1987).

Appliqué à notre sujet, cela signifie que le prophète est en partie **construit par le regard des fidèles**. Quand une bénédiction arrive, on l'attribue à sa prière. Quand rien n'arrive, on l'attribue au fidèle ou à l'ennemi. Jane Howell et Boas Shamir (2005) distinguent deux relations au leader charismatique. Dans la relation **socialisée**, le suiveur s'identifie à des valeurs et à un groupe. Dans la relation **personnalisée**, il s'identifie à la personne du leader et en dépend. La seconde expose davantage aux dérives. Une question simple permet de situer sa propre relation : est-ce Jésus-Christ et l'Évangile qui me tiennent, ou la personne du prophète ?

### 5.2. Barnum, lecture à froid, lecture à chaud

**L'effet Barnum.** En 1949, le psychologue Bertram Forer a distribué à ses étudiants une même description de personnalité, présentée comme individuelle. Presque tous l'ont jugée très juste les concernant (Forer, 1949). Des énoncés vagues, plutôt positifs et applicables à presque tout le monde sont perçus comme personnels, surtout quand ils viennent d'une source prestigieuse (Furnham et Schofield, 1987). *« Il y a un combat dans ta famille »*, *« quelqu'un est jaloux de ton élévation »*, *« une porte va s'ouvrir »* : ces phrases s'appliquent à presque tous les auditeurs, et plus encore à des personnes en attente de papiers, d'emploi ou de mariage.

**La lecture à froid** (*cold reading*). Ray Hyman (1977) a décrit les techniques des voyants et liseurs de pensée : assurance affichée, connaissance des situations les plus fréquentes, questions déguisées en affirmations, observation des réactions, flatterie. Son constat central : la lecture réussit dans la mesure où le client y participe activement. C'est lui qui cherche dans sa mémoire de quoi donner sens aux énoncés. Le prophète dit *« je vois une femme âgée »* ; le fidèle complète : *« ma grand-mère ! »*.

**La lecture à chaud** (*hot reading*). Elle consiste à utiliser des informations recueillies à l'avance : fiches de prière, conversations avec des assistants, réseaux sociaux. L'exemple classique est celui d'un télévangéliste américain démasqué en 1986 : son épouse lui transmettait par une oreillette les noms et adresses que les fidèles avaient inscrits sur des cartes avant la réunion (Randi, 1987). La « prophétie forensique » décrite par Kgatle (2019), qui révèle des noms et des numéros, correspond exactement à ce que la lecture à chaud permet d'obtenir. Cela ne prouve pas que chaque « révélation » de ce type est truquée. Cela prouve qu'**une révélation précise ne suffit pas à établir qu'elle vient de Dieu**.

### 5.3. Validation subjective et mémoire sélective

David Marks et Richard Kammann (1978, 1980) ont décrit la **validation subjective** : une personne convaincue relie elle-même des énoncés vagues à sa situation et retient les « coups au but ». Le **biais de confirmation**, c'est-à-dire la tendance à chercher et à retenir ce qui confirme ce que l'on croit déjà (Nickerson, 1998), et le **raisonnement motivé**, qui nous fait évaluer les preuves selon ce que nous désirons conclure (Kunda, 1990), font le reste. On se souvient de la prophétie réalisée, on oublie les dix qui ne l'ont pas été, surtout quand on a besoin qu'elle soit vraie.

Quand on contrôle ces biais, les résultats changent : avec un protocole en aveugle, des médiums professionnels n'ont montré aucune capacité particulière (O'Keeffe et Wiseman, 2005). Aucune étude comparable n'existe sur les « prophéties » personnelles, mais la leçon de méthode vaut pour elles : une prophétie s'évalue **par écrit, avant les faits**, et non par le souvenir qu'on en garde.

### 5.4. Quand croire au don diminue la vigilance

Une expérience danoise apporte un éclairage frappant. Uffe Schjødt et ses collègues (2011) ont fait écouter, dans un appareil d'IRM[^21], des prières d'intercession à 18 chrétiens de dénominations charismatiques, surtout pentecôtistes, et à 18 personnes non croyantes. On leur disait que l'orateur était un non-chrétien, un chrétien ordinaire, ou un chrétien connu pour son don de guérison. En réalité, les trois orateurs étaient des chrétiens ordinaires, et les prières avaient été réparties au hasard.

Chez les croyants, la conviction que l'orateur avait un don de guérison s'accompagnait d'une **désactivation des régions frontales** associées à la vigilance et au jugement critique. Cette désactivation prédisait le charisme qu'ils attribuaient ensuite à l'orateur. Les auteurs y voient « un mécanisme important de l'autorité » qui peut faciliter l'influence charismatique (résumé, notre traduction).

Il faut lire cette étude avec précision. Elle porte sur un petit échantillon de jeunes Danois, en laboratoire, avec des prières enregistrées. Elle ne montre pas que les fidèles « débranchent leur cerveau ». Elle montre que **la croyance préalable dans le don d'un orateur diminue la vigilance critique à son égard**. Autrement dit, plus la réputation du prophète est grande, moins on examine ce qu'il dit. C'est exactement l'inverse de ce que demande l'Écriture (Ac 17,11).

### 5.5. Détresse, incertitude et besoin de contrôle

Pourquoi certaines personnes sont-elles plus attirées que d'autres ? Selon la théorie de l'**incertitude et de l'identité**, l'incertitude sur soi pousse à s'identifier à des groupes très structurés, aux frontières nettes et au leadership fort (Hogg, Adelman et Blagg, 2010). La migration, l'attente administrative, le chômage, le deuil et la maladie en sont des sources massives. D'autres travaux suggèrent que, lorsque le sentiment de contrôle diminue, on se tourne vers des systèmes extérieurs perçus comme ordonnés, Dieu ou un leader (Kay et al., 2008).

**Prudence de méthode** : certains de ces effets expérimentaux sont fragiles. Une équipe néerlandaise n'a pas retrouvé, sur sept expériences, l'effet selon lequel le manque de contrôle ferait percevoir des schémas illusoires (van Elk et Lodder, 2018). On peut donc présenter l'idée générale comme plausible et cohérente avec les observations de terrain, non comme une loi démontrée.

Le contexte africain et diasporique ajoute un élément. Le prophète répond à des questions que la médecine et les Églises historiques laissent souvent sans réponse : pourquoi ce malheur, qui me veut du mal ?À Accra, des pasteurs néo-prophétiques conçoivent la maladie mentale avant tout comme d'origine spirituelle, sans exclure pour autant une orientation vers l'hôpital (Kpobi et Swartz, 2018). Les dérives existent : Human Rights Watch (2012) a documenté, dans des camps de prière ghanéens, des personnes atteintes de troubles psychiques enchaînées et soumises à des jeûnes forcés. À Londres, la stigmatisation de la maladie mentale freine la demande d'aide dans des communautés de foi d'ascendance africaine (Mantovani, Pizzolati et Edge, 2017).

### 5.6. Quand la prophétie échoue

Que se passe-t-il quand la prophétie ne s'accomplit pas ? L'article *[[Église ou secte ? Reconnaître l'abus spirituel et en sortir]]* a présenté l'étude classique de Festinger, Riecken et Schachter (1956). Les travaux ultérieurs montrent que l'échec détruit rarement un groupe. Gordon Melton (1985) observe que les groupes le vivent rarement comme un échec : ils **spiritualisent** la prophétie (elle se serait accomplie de façon invisible), puis réaffirment leur foi. Lorne Dawson (1999) classe les explications avancées après coup : la spiritualisation, l'**épreuve de la foi**, l'erreur humaine d'interprétation et **la faute d'autrui**. Il souligne que la survie du groupe dépend surtout de la réaction rapide et assurée de ses dirigeants.

Le lecteur reconnaîtra ces formules : *« tu n'as pas eu assez de foi »*, *« tu n'as pas semé assez »*, *« un ennemi a bloqué ta bénédiction »*, *« Dieu t'éprouve »*, *« la percée a eu lieu dans le monde spirituel »*. Elles ont toutes le même effet : elles **déplacent la responsabilité** de l'échec du prophète vers le fidèle. Celui qui a été déçu se retrouve coupable, et plus dépendant qu'avant. La Bible fait exactement l'inverse : la prophétie non accomplie juge celui qui l'a prononcée, non celui qui l'a reçue (Dt 18,22).

### 5.7. Narcissisme et « triangle toxique », ce que l'on peut dire

On lit souvent que les faux prophètes seraient des « pervers narcissiques ». Il faut être prudent. Cette expression, répandue en France, n'est pas une catégorie diagnostique reconnue, et nul ne peut poser un diagnostic à distance sur une personne réelle. La recherche permet en revanche quelques constats.

Les personnes aux traits narcissiques marqués **émergent** plus facilement comme leaders dans des groupes sans chef désigné (Brunell et al., 2008). Une méta-analyse[^22] confirme ce lien avec l'émergence, mais ne trouve **aucun lien simple avec l'efficacité** du leadership jugée par les autres (Grijalva et al., 2015). Autrement dit, l'assurance et la grandiosité aident à se faire choisir, pas à bien conduire. L'aura visible d'un responsable ne dit rien de la qualité du berger.

Le modèle le plus utile est celui du **« triangle toxique »** (Padilla, Hogan et Kaiser, 2007). Un leadership destructeur exige trois éléments : un leader au besoin de pouvoir personnel, souvent narcissique ; des suiveurs vulnérables ou complices ; et un environnement favorable, marqué par l'instabilité, la menace perçue et **l'absence de contre-pouvoirs**. Le modèle reste théorique et a peu été testé en contexte religieux. Mais il décrit avec précision l'assemblée où le fondateur nomme seul ses collaborateurs, où les fidèles traversent la précarité, où l'on parle sans cesse d'« attaques spirituelles », et où aucune instance extérieure ne peut intervenir.

Ce modèle a un mérite pastoral : il interdit de tout mettre sur le dos du fidèle (« il n'avait qu'à ne pas croire ») comme sur celui du seul leader (« c'est un monstre »). L'abus naît d'un **système**, et c'est le système qu'il faut changer.

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## 6. Faux prophètes, des dérives documentées en Afrique et ailleurs

### 6.1. Précautions de méthode

Les cas qui suivent ne servent pas à effrayer ni à désigner des coupables. Ils montrent des **schémas récurrents**. Pour chacun, nous indiquons l'état exact de la procédure au 4 octobre 2026, d'après les sources citées. Une personne poursuivie est présumée innocente. Une personne acquittée est innocente au regard de la justice. Une enquête journalistique établit des allégations, non une culpabilité. Les cas déjà présentés dans l'article précédent ([partie 7](https://ntilia.com/u/silence/fr/eglise-ou-secte-reconnaitre-l-abus-spirituel-et-en-sortir#7-derives-sectaires-dans-les-eglises-voix-critiques-et-cas-publics)) ne sont pas repris.

### 6.2. Afrique du Sud, l'insecticide et les serpents

En février 2018, le tribunal de Mookgophong (province du Limpopo) a condamné Lethebo Rabalago, responsable d'une Église qui aspergeait ses fidèles d'un insecticide ménager pour les « guérir ». Il a été reconnu coupable de cinq chefs de coups et blessures avec intention de causer des lésions graves, ainsi que d'infractions à la loi sur les produits agricoles, et condamné le 28 février 2018 à des amendes ou à de la prison, en partie avec sursis (National Prosecuting Authority, 2018). À l'inverse, un autre « prophète » qui faisait manger des serpents à ses fidèles, arrêté en juillet 2015 sur plainte d'une association de protection animale, a vu les charges retirées faute d'éléments suffisants (IOL, 21 juillet 2015). Il n'a pas été condamné.

### 6.3. Kenya, le drame de Shakahola

Le cas le plus grave est celui de la forêt de Shakahola[^23], au Kenya. À partir d'avril 2023, les autorités y exhument les corps de fidèles d'une Église fondée par le prédicateur Paul Mackenzie, la Good News International Church. Il est accusé d'avoir poussé ses fidèles à jeûner jusqu'à la mort pour « rencontrer Jésus » avant la fin du monde. Le bilan dépasse **400 morts** selon les décomptes successifs (Citizen Digital, 3 juin 2024 ; TV47, 21 septembre 2026).

Le 1er décembre 2023, Mackenzie a été condamné à 18 mois de prison pour des infractions au droit du cinéma (*The EastAfrican*, 1er décembre 2023). Dans le procès principal, la Haute Cour de Mombasa a estimé le 15 avril 2026 qu'il existait des charges suffisantes contre lui et trente coaccusés pour 191 meurtres d'enfants (*Capital FM*, 15 avril 2026). À notre connaissance, aucun verdict n'avait été rendu sur les morts au 4 octobre 2026.

Un rapport du Sénat kényan, déposé le 19 octobre 2023, a conclu que le système de justice pénale n'avait pas empêché ces agissements, alors que des plaintes existaient depuis 2017 (Africanews, 23 octobre 2023). **Les signaux existaient**, mais aucune instance n'a agi à temps.

### 6.4. Nigeria, une enquête sur un défunt

Le 8 janvier 2024, la BBC, en partenariat avec le site openDemocracy, a publié une enquête de deux ans sur T. B. Joshua, fondateur de la Synagogue Church of All Nations[^24] à Lagos, mort en 2021. Plus de vingt-cinq anciens disciples de plusieurs pays y font état de violences, d'agressions sexuelles, d'avortements forcés et de guérisons simulées (BBC News, 8 janvier 2024). L'Église a rejeté ces récits comme des « récits fictifs et de la propagande » (*Church Times*, 12 janvier 2024). Ces accusations sont graves et concordantes, mais elles n'ont jamais été jugées et ne le seront pas. Nous les citons comme des **allégations d'enquête**.

### 6.5. Zimbabwe et Ghana, des condamnations pour tromperie

Au Zimbabwe, Walter Magaya, fondateur des *Prophetic Healing and Deliverance Ministries*, a été reconnu coupable en février 2019 d'avoir enfreint la loi sur le contrôle des médicaments en présentant un produit comme un remède contre le VIH. Il a été condamné à une amende (Africanews, 5 février 2019). Depuis novembre 2025, il est poursuivi pour fraude et viol, ce qu'il conteste ; il reste présumé innocent de ces chefs (Nehanda Radio, 13 novembre 2025). Tobias Mahohoma (2017) avait analysé son ministère comme une « entreprise » religieuse fondée sur la logique de la semence.

Au Ghana, une évangéliste qui avait promis lors d'un culte, en octobre 2022, de « doubler » l'argent de ses fidèles a été condamnée pour escroquerie le 3 juillet 2025. En appel, le 5 février 2026, la culpabilité a été confirmée et la peine ramenée de quinze ans à douze mois (Ghana News Agency, 2025 et 2026).

### 6.6. États-Unis, les prophéties de 2020

Le phénomène n'est pas africain. Aux États-Unis, de nombreux « prophètes » charismatiques avaient annoncé la réélection de Donald Trump en 2020. Le 7 janvier 2021, l'un d'eux, Jeremiah Johnson, a publié des excuses publiques. Il a dit avoir ensuite reçu de multiples menaces de mort et a décrit une partie du mouvement prophétique comme bien plus malade qu'il ne l'aurait imaginé (*Religion Unplugged*, 12 janvier 2021). Le 29 avril 2021, 85 responsables ont publié une *Prophetic Standards Statement* qui demande des excuses publiques pour toute prophétie publique non accomplie. Plusieurs figures majeures ne l'ont pas signée (*Religion Unplugged*, 28 avril 2021).

L'autocorrection est donc possible, mais elle reste **volontaire**, partielle et coûteuse.

### 6.7. France, quelques décisions de justice

En France, la Miviludes[^25] ne publie pas de statistiques sur les « apôtres » ou les « prophètes ». Son rapport sur 2021 recense 153 saisines[^26] liées à des mouvements évangéliques sur 4 020, chiffre qui « comprend tant les Églises évangéliques que les Églises se déclarant comme telles » (Miviludes, 2022, p. 35).

La presse chrétienne a rapporté plusieurs décisions récentes. Le 18 janvier 2024, le tribunal de Créteil a condamné à trois ans de prison avec sursis le fondateur d'une Église indépendante de Pantin, non membre du CNEF[^27], pour abus de biens sociaux, abus de confiance et blanchiment ; plus de deux millions d'euros de dons étaient en cause. Il contestait les faits (Evangelical Focus, 24 janvier 2024). Le 23 mai 2022, un pasteur d'une Église charismatique des Hauts-de-Seine a été condamné à huit ans de prison par une cour d'assises[^28] pour des viols et agressions sexuelles commis sur deux fidèles lors de séances de « délivrance » ; il a été acquitté pour deux autres plaignantes (Evangeliques.info, 30 mai 2022). Nous ne citons pas leurs noms, faute de savoir si ces décisions sont définitives.

### 6.8. Abus sexuels, un abus du pouvoir spirituel

Ce dernier cas rejoint un constat plus général. Aux États-Unis, 3,1 % des femmes qui fréquentent un culte au moins une fois par mois déclarent avoir fait l'objet d'avances sexuelles d'un responsable religieux depuis leur majorité (Chaves et Garland, 2009). Garland et Argueta (2010) décrivent comment ces abus se produisent : absence de redevabilité, communication isolée, rôle de confident, redéfinition progressive des normes. L'agresseur **coopte le langage religieux** au service de ses propres besoins (Garland, 2006).

Ces relations ne sont pas des « liaisons », mais des **abus de pouvoir**, car le consentement est vicié par l'asymétrie spirituelle (de Weger et Death, 2017).

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## 7. Faut-il réguler les prophètes ? États, Églises et liberté religieuse

### 7.1. Rwanda, la régulation la plus stricte

Face à ces dérives, certains États ont choisi d'encadrer fortement les Églises. Le Rwanda est allé le plus loin. En février et mars 2018, plus de sept cents églises ont été fermées à Kigali pour non-respect de normes de sécurité, d'hygiène et de bruit (Africanews, 1er mars 2018). La loi n° 72/2018 du 31 août 2018 sur les organisations fondées sur la religion exige notamment que leur représentant légal soit diplômé en théologie ou en études religieuses (selon l'analyse de l'Alliance évangélique mondiale, 2025). Après un délai de mise en conformité, les inspections de l'été 2024 ont abouti à la fermeture de plusieurs milliers de lieux de culte, entre 5 600 et 7 700 selon les sources (Religion News Service, 8 août 2024 ; Eastleigh Voice, 8 août 2024).

Les avis divergent. L'archevêque anglican du Rwanda a jugé ces exigences raisonnables, en rappelant que le gouvernement avait laissé cinq ans pour s'y conformer (Religion News Service, 8 août 2024). L'Alliance évangélique mondiale estime au contraire qu'il revient aux religions, et non à l'État, de fixer les qualifications de leur clergé (World Evangelical Alliance, 2025).

### 7.2. Kenya, après Shakahola, un chantier inachevé

Au Kenya, après Shakahola, une commission présidée par le révérend Mutava Musyimi a recommandé le 30 juillet 2024 une autorégulation par les organisations faîtières inscrite dans la loi et des exigences minimales de formation théologique (*The Star*, 30 juillet 2024). Un projet de loi sénatorial a été retiré le 27 novembre 2024, après que des responsables pentecôtistes et évangéliques se sont engagés à élaborer leur propre cadre d'autorégulation (Kenyans.co.ke, 27 novembre 2024). À notre connaissance, aucune loi n'avait été adoptée au 4 octobre 2026.

### 7.3. Afrique du Sud et Ghana, entre autorégulation et liberté

En Afrique du Sud, la commission CRL recommandait en 2017 l'enregistrement obligatoire des responsables religieux et des lieux de culte, ainsi que des comités de pairs dotés d'un rôle disciplinaire (Parliamentary Monitoring Group, 27 juin 2017). Banda (2019b), théologien évangélique, a mis en garde contre le risque de voir l'État redéfinir la religion, et Kgatle (2022b) a plaidé pour que les organismes œcuméniques jouent ce rôle. Le Parlement n'a pas légiféré, et un nouveau comité de contrôle créé en octobre 2025 a aussitôt été contesté (*The Mercury*, 5 octobre 2025).

Au Ghana, le Conseil pentecôtiste et charismatique a appelé dès mars 2016 à écarter les « faux hommes de Dieu », en invitant à juger les prophéties à la lumière de la Bible (*Graphic Online*, 18 mars 2016). En 2019, le président du Parlement a demandé d'étudier la régulation des « Églises d'un seul homme », sans suite législative à notre connaissance (Tweneboah, 2023).

### 7.4. Ce que montrent ces réponses

Ces expériences montrent un dilemme réel. **Réguler par l'État a un prix** : fermer des milliers de lieux de culte frappe aussi des communautés sans reproche, et un diplôme ne garantit ni la probité ni la fidélité à l'Évangile. Mais la défense légitime de la liberté de culte peut aussi servir de bouclier à ceux qui abusent.

**L'autorégulation est possible, mais elle a une limite.** Les déclarations des fédérations, les codes de bonne conduite, les mécanismes de pairs ne touchent que ceux qui acceptent de rendre des comptes. Le prophète indépendant, sans rattachement, est précisément celui qui y échappe.

### 7.5. Et en France, en Belgique, en Suisse ?

En Europe francophone, aucun État n'agrée les pasteurs. La liberté de culte y est garantie, et c'est un bien. La protection repose sur le droit commun (escroquerie, abus de faiblesse, violences, infractions sexuelles), sur les organismes de vigilance (Miviludes en France, CIAOSN en Belgique) et sur les unions d'Églises, qui n'ont d'autorité que sur leurs membres (voir l'[article précédent, partie 3](https://ntilia.com/u/silence/fr/eglise-ou-secte-reconnaitre-l-abus-spirituel-et-en-sortir#3-apotres-et-prophetes-autoproclames-le-pouvoir-sans-contre-pouvoir)). Pour le fidèle, la conséquence est simple : **personne ne contrôle son « apôtre » à sa place**. C'est à lui, et à sa communauté, d'exercer le discernement que la Bible demande.

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## 8. Comment reconnaître un faux prophète selon la Bible ?

L'article *[[Église ou secte ? Reconnaître l'abus spirituel et en sortir]]* a relu les textes bibliques sur l'autorité des responsables ([partie 6](https://ntilia.com/u/silence/fr/eglise-ou-secte-reconnaitre-l-abus-spirituel-et-en-sortir#6-faux-apotres-faux-prophetes-ce-que-dit-la-bible-de-l-autorite)). Cette partie se concentre sur la **prophétie et l'apostolat eux-mêmes**, et sur les critères que l'Écriture et l'Église ancienne donnent pour les éprouver. Un point de méthode d'abord : les évangéliques débattent pour savoir si le don de prophétie continue aujourd'hui. Ce débat n'a pas besoin d'être tranché ici. Les uns comme les autres condamnent le prophète dont la parole serait incontestable et rémunérée, pour des raisons opposées : pour les premiers, il usurpe une fonction close ; pour les seconds, il donne à une prophétie faillible une autorité qu'elle n'a pas (Grudem, 2000 ; Carson, 1987).

### 8.1. « Ceux qui se disent apôtres »

Le Christ ressuscité félicite l'Église d'Éphèse en ces termes : « tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et qui ne le sont pas, et que tu les as trouvés menteurs » (Ap 2,2). Il reproche au contraire à l'Église de Thyatire de laisser « la femme Jézabel, qui se dit prophétesse, enseigner et séduire mes serviteurs » (Ap 2,20).

Le verbe est le même dans les deux cas : **se dire**. L'Écriture ne nie pas qu'il existe de vrais apôtres et de vrais prophètes. Elle nie qu'on le soit sur sa seule déclaration, et elle félicite l'Église qui vérifie, non celle qui s'en abstient. L'« apôtre » ou le « prophète » autoproclamé est exactement celui qui « se dit ». Le mettre à l'épreuve n'est pas un manque de respect. C'est ce que le Christ loue.

### 8.2. Des prophètes qui courent sans être envoyés

Jérémie décrit des prophètes qui parlent de bonne foi, peut-être, mais sans mandat : « Je n'ai point envoyé ces prophètes, et ils ont couru ; Je ne leur ai point parlé, et ils ont prophétisé » (Jr 23,21). « Ils disent les visions de leur cœur, et non ce qui vient de la bouche de l'Éternel » (Jr 23,16). Ézéchiel parle de ceux « qui suivent leur propre esprit et qui ne voient rien » (Ez 13,3), et qui « font espérer que leur parole s'accomplira » (Ez 13,6).

Jérémie donne aussi un critère de contenu. Le vrai prophète aurait fait revenir le peuple « de leur mauvaise voie » (Jr 23,22). Le faux annonce : « Paix ! Quand il n'y a point de paix » (Ez 13,10). Un message centré sur la « percée », la victoire sur les « ennemis » et la prospérité promise, sans appel à la repentance ni à la sainteté, a exactement cette forme.

### 8.3. Prophétiser pour de l'argent

C'est le critère le plus constant de toute l'Écriture. Michée dénonce les prophètes « qui annoncent la paix si leurs dents ont quelque chose à mordre, et qui publient la guerre si on ne leur met rien dans la bouche » (Mi 3,5), et ajoute : « ses prophètes prédisent pour de l'argent » (Mi 3,11). Ézéchiel accuse des prophétesses de déshonorer Dieu « Pour des poignées d'orge et des morceaux de pain » (Ez 13,19).

Trois récits rendent ce critère très concret. Le premier est celui d'Élisée, que l'Écriture appelle « l'homme de Dieu ». Naaman, guéri de sa lèpre, veut lui faire un présent. Élisée répond : « L'Éternel, dont je suis le serviteur, est vivant ! Je n'accepterai pas » (2 R 5,16). Son serviteur Guéhazi[^29] court derrière Naaman, ment, obtient de l'argent, et Élisée lui demande : « Est-ce le temps de prendre de l'argent [...] ? » (2 R 5,26). Le serviteur a transformé une guérison gratuite en transaction. On remarquera l'ironie : les « hommes de Dieu » d'aujourd'hui se réclament volontiers d'Élisée (Gunda et Machingura, 2013), mais ils imitent plus souvent Guéhazi.

Le deuxième récit est celui de Simon[^30], qui offre de l'argent aux apôtres pour obtenir le pouvoir de transmettre l'Esprit. Pierre répond : « Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s'acquérait à prix d'argent ! » (Ac 8,20).

Le troisième est le plus troublant. À Philippes[^31], une servante devineresse « procurait un grand profit à ses maîtres ». Elle criait pourtant une chose **exacte** : « Ces hommes sont les serviteurs du Dieu Très-Haut » (Ac 16,16-17). Paul chasse l'esprit, et les maîtres réagissent parce qu'ils voient « disparaître l'espoir de leur gain » (Ac 16,19). Une parole juste dans son contenu peut être fausse dans sa source et commerciale dans sa fonction.

Il faut rester exact : le Nouveau Testament reconnaît le droit du ministre à vivre de son ministère (1 Co 9,14 ; Mt 10,10). Le critère n'est pas la gratuité absolue. Il distingue l'entretien librement accordé par une communauté et la **parole vendue** : consultation payante, « semence » exigée en échange d'une bénédiction, objet oint tarifé. Jésus est net : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10,8). Paul renonce même à son droit légitime « afin de ne pas créer d'obstacle à l'Évangile de Christ » (1 Co 9,12) ; il rappelle qu'il n'a jamais eu « la cupidité pour mobile » (1 Th 2,5) et qu'il a travaillé « nuit et jour » pour n'être à charge à personne (1 Th 2,9). Le vrai apôtre se reconnaît à ce qu'il renonce, non à ce qu'il réclame.

### 8.4. Les miracles ne suffisent pas

On entend souvent : « s'il n'était pas de Dieu, il ne ferait pas de miracles ». L'Écriture dit autre chose. Le Deutéronome envisage le cas d'un prophète dont « le signe ou le prodige » s'accomplit réellement, mais qui entraîne vers d'autres dieux : « tu n'écouteras pas les paroles de ce prophète ou de ce songeur, car c'est l'Éternel, votre Dieu, qui vous met à l'épreuve » (Dt 13,3). Ce texte prescrit ensuite la mort du faux prophète (Dt 13,5) ; dans l'Église, cette sanction devient le discernement et la discipline, non une peine.

Jésus annonce de faux prophètes qui « feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s'il était possible, même les élus » (Mt 24,24). Il prévient que certains lui diront : « n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? [...] Et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? », et qu'il leur répondra : « Je ne vous ai jamais connus » (Mt 7,22-23). Une guérison, une révélation exacte ou une prédiction réussie **ne prouvent donc pas** qu'un ministère vient de Dieu. Ce critère biblique rejoint ce que la partie 5 a montré par la psychologie.

### 8.5. « Que les autres jugent »

Le texte central sur la prophétie dans l'Église est 1 Corinthiens 14 : « Pour ce qui est des prophètes, que deux ou trois parlent, et que les autres jugent [...]. Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes ; car Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais de paix » (1 Co 14,29.32-33). Trois choses en ressortent. La prophétie se pratique **dans l'assemblée et devant elle**, non en consultation privée. Elle est **jugée** par d'autres. Et le prophète garde la maîtrise de lui-même. Son but est l'édification commune : celui qui prophétise « parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console » (1 Co 14,3). Enfin, elle est partielle et subordonnée à l'amour : « nous prophétisons en partie » (1 Co 13,9).

L'épisode d'Agabus[^32] le confirme. Ce prophète annonce que Paul sera lié à Jérusalem. Les disciples en concluent que Paul ne doit pas y monter. Paul ne se laisse pas persuader, et la communauté conclut : « Que la volonté du Seigneur se fasse ! » (Ac 21,10-14). Même une parole d'origine authentique doit être discernée, et elle ne donne à personne le droit de diriger la vie d'autrui. Un « prophète » qui ordonne à un fidèle de quitter son conjoint, de rompre avec sa famille ou de vendre un bien, au nom d'une révélation, n'a aucun appui dans ce modèle.

Le récit de Michée, fils de Jimla, ajoute un dernier critère. Quatre cents prophètes, « d'un commun accord », annoncent au roi la victoire qu'il souhaite. Un seul, que le roi « hait » parce qu'il ne lui prophétise « rien de bon », répond : « J'annoncerai ce que l'Éternel me dira » (1 R 22,8.13-14). Le nombre, l'unanimité et le succès ne sont pas des critères de vérité.

### 8.6. Ce que savaient les premiers chrétiens

Les premières générations chrétiennes ont rencontré des prophètes itinérants, et leurs critères sont d'une précision étonnante. La *Didachè*[^33], un manuel chrétien de la fin du Iᵉʳ siècle ou du début du IIᵉ, demande de recevoir l'apôtre de passage « comme le Seigneur », mais pose aussitôt des limites : « s'il reste trois jours, c'est un faux prophète » ; « s'il demande de l'argent, c'est un faux prophète » ; « Quiconque vous dit en esprit : Donnez-moi de l'argent ou quelque autre chose, vous ne l'écouterez pas » (*Didachè* 11,4-6.12, trad. Hemmer, 1907). Le critère de fond est moral : « Tout homme qui parle en esprit n'est pas prophète, mais seulement s'il a les façons de vivre du Seigneur » (11,8). Le chrétien qui vit aux dépens des autres est appelé d'un mot cinglant : « c'est un trafiquant du Christ » (12,5).

Par honnêteté, il faut signaler que la *Didachè* interdit aussi d'« éprouver » un prophète *pendant* qu'il parle en esprit (11,7). Les « néo-prophètes » pourraient y voir un « ne touche pas à l'oint »[^34]. Mais le texte enchaîne aussitôt sur les critères de conduite et d'argent (11,8-12) : on ne juge pas la parole au moment où elle est prononcée, on juge le prophète à sa vie.

Au IIᵉ siècle, *Le Pasteur* d'Hermas[^35] décrit le faux prophète comme un devin chrétien qui se fait consulter en privé par des personnes hésitantes, leur répond selon leurs désirs, recherche la première place, et « se fait payer et ne devine point sans récompense » (Mandat XI, trad. Genoude). C'est, presque mot pour mot, la consultation prophétique tarifée décrite dans la partie 4. Lors de la crise montaniste[^36], à la fin du IIᵉ siècle, Apollonius reproche au prophète Montan d'avoir « établi des collecteurs d'argent, organisant, sous le nom d'offrandes, la captation des présents », et demande : « Un prophète se teint-il avec l'antimoine[^37] ? [...] Un prophète prête-t-il à intérêt ? » (Eusèbe[^38], *Histoire ecclésiastique* V,18,2.11, trad. Grapin).

Clément de Rome[^39], vers 96, décrit enfin des responsables établis après avoir été éprouvés, avec le consentement de toute l'Église, et servant avec humilité et désintéressement (*1 Clément* 42-44). Ces marques s'opposent point par point à l'autoproclamation.

### 8.7. Un seul médiateur

Le dernier critère est le plus profond. « Il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme » (1 Tm 2,5). Magezi et Banda (2017) montrent que le problème central du néo-prophétisme n'est pas d'abord moral, mais christologique : le prophète se présente comme une autorité sur laquelle le fidèle doit compter **en plus du Christ**. Banda (2019c) ajoute que certains prophètes réduisent ainsi le royaume de Dieu à quelque chose qui ne serait accessible que par eux.

Or l'Évangile donne à chaque croyant un accès direct à Dieu. Le fidèle n'a besoin ni de l'huile d'un homme, ni de sa photo, ni de sa consultation pour prier son Père. Un ministère authentique conduit à Jésus-Christ et s'efface devant lui : « Il faut qu'il croisse, et que je diminue » (Jn 3,30). Un ministère dévoyé conduit au prophète, et le rend indispensable.

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## 9. Éprouver un apôtre ou un prophète, des voix africaines aux questions concrètes

### 9.1. Une critique venue de l'intérieur

Il serait faux de présenter cette critique comme un regard occidental sur l'Afrique. Les voix les plus nettes viennent de théologiens africains, souvent pentecôtistes eux-mêmes. Onyinah (2002) a dressé la liste des dérives de la délivrance. Magezi et Banda (2017), Banda (2019a, 2019c, 2021) et Ramantswana (2019) ont critiqué la place du prophète, les objets oints et l'absence de cadre doctrinal qui laisse les fidèles sans moyen de questionner leur leader. Kgatle (2019), pentecôtiste, plaide pour une prophétie « approuvée », soumise à l'Écriture et au jugement d'autres prophètes (1 Co 14,29) ; il oppose à la commercialisation de la délivrance la parole de Jésus sur le don gratuit (Kgatle, 2022a). Au Nigeria, Uroko et Enobong (2020) relisent Amos contre les prophètes « professionnels », et Moses Owojaiye (2019) observe que, pour ces « hommes de Dieu » autoproclamés, la richesse affichée tient lieu de preuve de l'approbation divine.

Les Églises pentecôtistes ont aussi posé des garde-fous. En août 2025, les Assemblées de Dieu des États-Unis[^40] ont adopté deux textes qui remplacent leur document de 2010 sur les apôtres et les prophètes. On y lit qu'au sein de cette Église, personne n'est reconnu par le titre d'apôtre, et que certains peuvent s'attribuer ce titre pour dominer les croyants tout en échappant à toute redevabilité. On y lit aussi qu'aucune prophétie actuelle n'a l'autorité de l'Écriture, et qu'aucun prophète ne peut se cacher derrière le titre d'« homme de Dieu » (Assemblies of God, 2025a, 2025b). La *Prophetic Standards Statement* de 2021, signée notamment par des théologiens favorables à la prophétie actuelle comme Wayne Grudem et Craig Keener[^41], est plus nette encore : « En aucun cas un prophète ne peut faire payer pour délivrer une parole prophétique. C'est un abus spirituel de la pire espèce » (*Prophetic Standards Statement*, 2021, notre traduction).

Enfin, le Mouvement de Lausanne[^42] a publié une déclaration sur l'évangile de prospérité[^43], issue de deux consultations tenues à Akropong, au Ghana, en 2008 et 2009, avec des théologiens africains. Elle dénonce les techniques contraires à l'éthique et manipulatrices, et le fait de remplacer l'appel traditionnel à la repentance et à la foi par un appel à donner de l'argent. Elle conclut que cet enseignement, dans ses formes extrêmes, peut être sobrement décrit comme un faux évangile (Lausanne Theology Working Group, 2010). En 2023, la Conférence des Églises de toute l'Afrique[^44] a appelé, après Shakahola, à se garder des faux prophètes qui prétendent agir avec l'autorité de Dieu tout en poursuivant leurs propres intérêts (AACC, 2023).

### 9.2. Dix questions pour éprouver un prophète ou un apôtre

L'article *[[Église ou secte ? Reconnaître l'abus spirituel et en sortir]]* proposait 24 questions sur l'Église. Voici dix questions sur **la personne** qui la dirige et sur ses paroles. Comme dans l'article précédent, aucun signe isolé ne suffit : c'est le faisceau qui compte.

1. **Qui l'a envoyé, et qui l'a reconnu ?** Une instance extérieure, qu'il ne contrôle pas, a-t-elle examiné son appel ? Ou son titre repose-t-il seulement sur son récit ou sur un « père » qui n'est examiné par personne ? *(Jr 23,21 ; Ap 2,2 ; 1 Clément 44 ; parties 4.1 et 8.2)*
2. **D'où viennent ses titres et ses diplômes ?** Peut-on vérifier le doctorat, l'ordination, la consécration ? *(Resane, 2024 ; partie 4.3)*
3. **Sa parole est-elle jugée par d'autres ?** Existe-t-il des personnes qui peuvent dire publiquement « cette prophétie n'est pas juste » sans être exclues ? *(1 Co 14,29 ; Kgatle, 2019)*
4. **Se fait-il payer pour prophétiser, prier, délivrer ou oindre ?** Une consultation, une huile, une « semence » ont-elles un prix ou un montant suggéré ? *(Mi 3,11 ; Ac 8,20 ; Didachè 11,6.12 ; Prophetic Standards Statement)*
5. **Prophétise-t-il surtout en privé, sur rendez-vous ?** Ou dans l'assemblée, devant des témoins qui peuvent évaluer ? *(Hermas, Mandat XI ; 1 Co 14)*
6. **Ses prophéties sont-elles écrites et datées, et que deviennent celles qui échouent ?** Les reconnaît-il, ou accuse-t-il le fidèle de manquer de foi ? *(Dt 18,22 ; Dawson, 1999 ; partie 5.6)*
7. **Son message ramène-t-il à la repentance et au Christ, ou à lui-même et au succès ?** *(Jr 23,22 ; Dt 13,1-3 ; 1 Tm 2,5)*
8. **Ses « révélations » précises s'expliquent-elles autrement ?** Fiche de prière, assistants, réseaux sociaux, questions préalables ? *(partie 5.2)*
9. **Vit-il ce qu'il enseigne ?** Son train de vie est-il présenté comme la preuve de son onction ? *(Didachè 11,8.10 ; 1 Th 2,5-9 ; McCauley, 2013)*
10. **Peut-on le contredire sans devenir « l'ennemi » ?** Ceux qui partent sont-ils présentés comme maudits, jaloux ou sorciers ? *(Ap 2,2 ; Batibonak, 2018 ; partie 4.7)*

### 9.3. Que faire si une prophétie vous a blessé ?

**Noter.** Écrire ce qui a été dit, la date, la somme demandée. La mémoire déforme ; l'écrit protège (partie 5.3).

**Ne pas porter la faute à la place du prophète.** Si une prophétie ne s'est pas accomplie, ce n'est pas le signe d'un manque de foi de votre part. C'est la parole qui est jugée, non celui qui l'a reçue (Dt 18,22).

**Parler à quelqu'un d'extérieur** : un pasteur d'une Église rattachée, un proche de confiance, un professionnel de santé. Les ressources (Miviludes, CIAOSN, « Stop abus » du CNEF) sont détaillées dans l'article précédent ([partie 9](https://ntilia.com/u/silence/fr/eglise-ou-secte-reconnaitre-l-abus-spirituel-et-en-sortir#9-comment-sortir-d-une-eglise-sous-emprise)).

**Signaler ce qui relève du droit.** Une somme obtenue par une promesse de miracle, des « soins » qui mettent la santé en danger, des gestes sexuels imposés au nom d'une « délivrance » ne relèvent pas seulement du jugement spirituel. Ils peuvent constituer des infractions, comme l'ont reconnu des tribunaux en Afrique comme en France (partie 6).

**Garder Dieu.** Beaucoup de personnes blessées par un faux prophète pensent devoir choisir entre leur foi et leur liberté. La Bible elle-même invite à éprouver les prophètes. Quitter un prophète n'est pas quitter Dieu ; c'est souvent le retrouver, sans intermédiaire.

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## 10. Conclusion

### 10.1. Retour à la scène

Reprenons la nuit de Joël. Le titre de « Docteur Prophète » ne repose sur aucune instance qui l'ait examiné. Le numéro qui se termine par 47 figurait sur la fiche de prière remplie à l'entrée. La « révélation » sur la famille qui bloque son dossier s'applique à presque tous les migrants en attente. La parole a été prononcée en échange d'une « semence » et suivie de la vente d'une huile. Quand elle a échoué, la faute a été reportée sur lui.

Rien de tout cela ne prouve que l'orateur soit un escroc conscient. Il croit peut-être à ses visions, comme les prophètes de Jérémie croyaient à leurs songes (Jr 23,25). Mais chacun de ces éléments correspond à un critère que la Bible et l'Église ancienne donnent pour reconnaître un faux prophète. Joël avait raison de se poser la question.

### 10.2. Ce que l'article établit

**Premièrement**, le prophète africain a une histoire longue et souvent respectable. Le « prophète » indépendant d'aujourd'hui hérite du prestige de cette figure, mais souvent sans son encadrement.

**Deuxièmement**, l'autorité de l'« apôtre » ou du « prophète » autoproclamé se fabrique par des procédés repérables, et l'exactitude apparente d'une prophétie peut être produite sans don surnaturel.

**Troisièmement**, la Bible et l'Église ancienne donnent des critères concrets : l'envoi reconnu, le refus de prophétiser pour de l'argent, la fidélité à l'Évangile plus que les miracles, le jugement de la communauté, la conduite du prophète, et le Christ comme seul médiateur. Des évangéliques de toutes sensibilités et de nombreux théologiens africains les partagent.

### 10.3. Limites et ouvertures

Cet article a des limites. Il n'existe pas d'étude évaluée par les pairs sur les titres et les consécrations dans les Églises africaines indépendantes de France, de Belgique et de Suisse ; nous avons transposé avec prudence des travaux menés en Afrique. Les études de psychologie citées ont été menées surtout en Europe du Nord et en Amérique du Nord. Aucune étude contrôlée n'a mesuré l'exactitude des prophéties personnelles. Plusieurs procédures judiciaires citées sont en cours, et leur issue pourra modifier le tableau. Enfin, nous n'avons trouvé aucun article de théologie évangélique francophone évalué par les pairs sur ces critères de discernement, publié en Afrique centrale ou de l'Ouest. Ce sont autant de champs à ouvrir.

Le prochain article de cette série portera sur la psychologie de l'emprise : comment le contrôle s'installe, pourquoi il est si difficile d'en parler, et ce qu'il laisse.

### 10.4. Ce que cet article refuse

Il refuse d'abord **le mépris des fidèles**. Ceux qui suivent un prophète cherchent le plus souvent Dieu, une guérison, une protection ou un avenir. Leur détresse est réelle, et c'est elle qu'on exploite.

Il refuse ensuite **l'essentialisation**. L'abus n'a ni couleur ni nationalité. On le trouve chez des télévangélistes américains comme dans des assemblées de la diaspora, et les critiques les plus fermes viennent souvent d'Afrique.

Il refuse enfin **le silence au nom de l'onction**. « Ne touche pas à l'oint » n'a jamais voulu dire « n'examine pas ». Le Christ loue l'Église qui éprouve ceux qui se disent apôtres. La rigueur est une forme de charité.

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## Questions fréquentes

### Comment reconnaître un faux prophète ?

Aucun signe isolé ne suffit. Plusieurs critères bibliques se recoupent : un titre que personne n'a examiné, une parole qui se paie, des prophéties jamais évaluées par d'autres, un message centré sur le succès plutôt que sur le Christ, et des échecs reportés sur les fidèles (Dt 18,22 ; Mi 3,11 ; 1 Co 14,29). La partie 9.2 propose dix questions.

### Qu'est-ce qu'un apôtre autoproclamé ?

C'est un responsable qui se donne le titre d'apôtre sans qu'aucune instance extérieure, union d'Églises ou collège qu'il ne contrôle pas, ait examiné son appel. Le Nouveau Testament parle déjà de « ceux qui se disent apôtres et qui ne le sont pas » et loue l'Église qui les éprouve (Ap 2,2).

### Un prophète qui fait des miracles vient-il forcément de Dieu ?

Non. La Bible envisage des signes qui s'accomplissent réellement chez un prophète qui détourne de Dieu (Dt 13,1-3), et Jésus annonce de faux prophètes qui feront « de grands prodiges » (Mt 24,24). La psychologie montre aussi qu'une révélation précise peut s'expliquer sans don surnaturel (partie 5).

### Est-il normal de payer une consultation prophétique ?

Non. La Bible condamne les prophètes qui « prédisent pour de l'argent » (Mi 3,11), et la *Didachè* déclare faux prophète celui qui demande de l'argent. Même des responsables pentecôtistes qui défendent la prophétie aujourd'hui jugent qu'en aucun cas un prophète ne peut faire payer une parole prophétique (*Prophetic Standards Statement*, 2021).

### Pourquoi les prophéties semblent-elles si justes ?

Des mécanismes connus suffisent à produire cette impression : énoncés vagues que chacun applique à soi (effet Barnum), lecture des réactions, informations recueillies à l'avance, et mémoire qui retient les réussites et oublie les échecs (Forer, 1949 ; Hyman, 1977 ; Marks et Kammann, 1980).

### Que faire si la prophétie ne s'est pas accomplie ?

Ne pas porter la faute. Selon la Bible, la prophétie non accomplie juge celui qui l'a prononcée : « n'aie pas peur de lui » (Dt 18,22). Il est utile d'écrire ce qui a été dit et d'en parler à une personne extérieure au groupe (partie 9.3).

### Les prophètes africains sont-ils tous des faux prophètes ?

Non. Le prophétisme chrétien africain a une histoire d'un siècle, avec des figures désintéressées comme William Wadé Harris et des Églises qui ont encadré le charisme. Le risque ne tient pas à l'origine, mais à l'absence de toute instance qui puisse examiner le prophète (parties 2 et 7).

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## Sources

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43. Padilla, A., Hogan, R. et Kaiser, R. B. (2007). « The Toxic Triangle. Destructive Leaders, Susceptible Followers, and Conducive Environments ». *The Leadership Quarterly* 18(3) : 176-194. https://doi.org/10.1016/j.leaqua.2007.03.001
44. Quayesi-Amakye, J. (2013). « Ghana's New Prophetism. Antecedents and Some Characteristic Features ». *Australasian Pentecostal Studies* 15. https://aps-journal.com/index.php/APS/article/view/125
45. Ramantswana, H. (2019). « Prophets Praying for, or Preying on People's Faith. A Reflection on Prophetic Ministry in the South African Context ». *In die Skriflig/In Luce Verbi* 53(4) : a2495. https://doi.org/10.4102/ids.v53i4.2495
46. Resane, K. T. (2016). « The New Apostolic Reformation. The Critical Reflections of the Ecclesiology of Charles Peter Wagner ». *HTS Teologiese Studies/Theological Studies* 72(3) : a3240. https://doi.org/10.4102/hts.v72i3.3240
47. Resane, K. T. (2017). « Commercialisation of Theological Education as a Challenge in the Neo-Pentecostal Charismatic Churches ». *HTS Teologiese Studies/Theological Studies* 73(3) : a4548. https://doi.org/10.4102/hts.v73i3.4548
48. Resane, K. T. (2024). « Honorary Degree Qualifications from Unaccredited Institutions. Anathema for Pentecostal Self-Discovery ». *Stellenbosch Theological Journal* 10(2) : 1-24. https://doi.org/10.17570/stj.2024.v10n2.7
49. Schjødt, U., Stødkilde-Jørgensen, H., Geertz, A. W., Lund, T. E. et Roepstorff, A. (2011). « The Power of Charisma. Perceived Charisma Inhibits the Frontal Executive Network of Believers in Intercessory Prayer ». *Social Cognitive and Affective Neuroscience* 6(1) : 119-127. https://doi.org/10.1093/scan/nsq023
50. Tweneboah, S. (2023). « Religion, Human Rights, and the Parliamentary Regulation of "One-Man Churches" in Ghana ». *Journal of Church and State* 65(1) : 24-45. https://doi.org/10.1093/jcs/csac074
51. Uroko, F. C. et Enobong, S. (2020). « Rereading Amos 7:8–17 in the Context of the "Professional" Prophets in Nigeria ». *Verbum et Ecclesia* 41(1) : a1952. https://doi.org/10.4102/ve.v41i1.1952
52. van Elk, M. et Lodder, P. (2018). « Experimental Manipulations of Personal Control do Not Increase Illusory Pattern Perception ». *Collabra. Psychology* 4(1) : 19. https://doi.org/10.1525/collabra.155

### B. Livres, rapports et documents d'Églises

- AACC, All Africa Conference of Churches (2023). *Statement on the Shakahola Cult at Good News International Church, Kilifi County, Kenya*. Nairobi, 4 mai 2023. https://aacc-ceta.org/sites/default/files/2023-10/statement13.pdf
- Apostolic Faith Mission of South Africa (s. d.). *The Use & Abuse of Titles within the AFM of SA*. Document interne. https://afm-ags.org/wp-content/uploads/2026/02/USE-ABUSE-OF-TITLES-2024.pdf.pdf
- Assemblies of God, General Presbytery (2025a). *Modern-Day Apostles*. Position paper adopté en août 2025. https://ag.org/Beliefs/Position-Papers/Modern-Day-Apostles
- Assemblies of God, General Presbytery (2025b). *Modern-Day Prophecy*. Position paper adopté en août 2025. https://ag.org/Beliefs/Position-Papers/Modern-Day-Prophecy
- Blanes, R. L. (2010). « The Personification of a Prophet. Leadership, Charisma and the Globalization of the Angolan Tokoist Church ». Dans S. Fancello et A. Mary (dir.), *Chrétiens africains en Europe. Prophétismes, pentecôtismes et politique des nations* (p. 62-92). Paris, Karthala.
- Cabrita, J. (2014). *Text and Authority in the South African Nazaretha Church*. Cambridge, Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9781107294318
- Carson, D. A. (1987). *Showing the Spirit. A Theological Exposition of 1 Corinthians 12–14*. Grand Rapids, Baker.
- Chitando, E., Gunda, M. R. et Kügler, J. (dir.) (2013). *Prophets, Profits and the Bible in Zimbabwe*. Bamberg, University of Bamberg Press. https://doi.org/10.20378/irb-2434
- Clément de Rome (vers 96). *Première épître aux Corinthiens*, 42-44. Trad. anglaise K. Lake, *The Apostolic Fathers*, vol. 1. Londres, Heinemann, 1912.
- Dibudi Way-Way, M. (2015). *Mission en retour, réciproque et interculturelle. Étude sur la présence chrétienne africaine en Belgique*. Berne, Peter Lang. https://doi.org/10.3726/978-3-0352-6461-6
- *Didachè* (fin du Iᵉʳ ou début du IIᵉ siècle), 11-13. Trad. H. Hemmer, G. Oger et A. Laurent, *Les Pères apostoliques I-II. Doctrine des apôtres, Épître de Barnabé*. Paris, Picard, 1907.
- Eusèbe de Césarée (IVᵉ siècle). *Histoire ecclésiastique*, V,16-18. Trad. É. Grapin. Paris, Picard, 1905-1913.
- Festinger, L., Riecken, H. W. et Schachter, S. (1956). *When Prophecy Fails*. Minneapolis, University of Minnesota Press.
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- Haslam, S. A., Reicher, S. D. et Platow, M. J. (2020). *The New Psychology of Leadership. Identity, Influence and Power*. 2ᵉ éd. Londres, Routledge.
- Henry, C. (2008). *La force des anges. Rites, hiérarchie et divination dans le Christianisme Céleste (Bénin)*. Turnhout, Brepols.
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- Human Rights Watch (2012). *« Like a Death Sentence ». Abuses against Persons with Mental Disabilities in Ghana*. New York, 2 octobre 2012.
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- Mokoko Gampiot, A. (2017). *Kimbanguism. An African Understanding of the Bible*. University Park, Penn State University Press. https://doi.org/10.26530/oapen_627658
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- Owojaiye, M. (2019). « The Problem of False Prophets in Africa ». *Lausanne Global Analysis*, novembre 2019. https://lausanne.org/global-analysis/problem-false-prophets-africa
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- Randi, J. (1987). *The Faith Healers*. Buffalo, Prometheus Books.
- Röthlisberger, S. et Wüthrich, M. D. (2009). *Les nouvelles Églises de migrants en Suisse*. Berne, Fédération des Églises protestantes de Suisse.
- Shank, D. A. (1994). *Prophet Harris, the « Black Elijah » of West Africa*. Leyde, Brill.
- Shank, D. A. (1998). « Harris, William Wadé ». *Dictionary of African Christian Biography*. https://dacb.org/stories/liberia/harris4-william/
- Turner, H. W. (1967). *History of an African Independent Church*. 2 vol. Oxford, Clarendon Press.
- Weber, M. (1922/1971). *Économie et société*, t. 1. Paris, Plon.
- World Evangelical Alliance (2025). *Rwanda. Freedom of Religion or Belief*. Contribution à l'Examen périodique universel (51ᵉ session), juillet 2025. https://un.worldea.org/wp-content/uploads/2025/07/WEAGVA_UN_202507_UPR51_Rwanda_FoRB_Report_FINAL.pdf

### C. Sources primaires et presse

- Africanews (1er mars 2018). « Here Is Why Rwanda Closed 714 Churches and a Mosque ». https://www.africanews.com/2018/03/01/here-is-why-rwanda-closed-714-churches-and-a-mosque/
- Africanews (5 février 2019). « Zimbabwe "HIV-Cure" Pastor Fined $700 for False Claims ». https://www.africanews.com/2019/02/05/zimbabwe-hiv-cure-pastor-found-guilty-awaits-sentencing/
- Africanews (23 octobre 2023). « Kenya. Failures of Justice Allowed the Shakahola Massacre ». https://www.africanews.com/2023/10/23/kenya-failures-of-justice-allowed-the-shakahola-massacre/
- BBC News (8 janvier 2024). « TB Joshua. Megachurch Leader Raped and Tortured Worshippers, BBC Finds ». https://www.bbc.com/news/world-africa-67749215
- Capital FM (15 avril 2026). « Shakahola Trial Advances as Court Puts Mackenzie, Co-Accused on Defence ». https://capitalfm.africa/paul-mackenzie-shakahola-trial-case-to-answer/
- Church Times (12 janvier 2024). « Nigerian Pastor T. B. Joshua. Hundreds of Victims Alleged ». https://www.churchtimes.co.uk/articles/2024/12-january/news/world/nigerian-pastor-t-b-joshua-hundreds-of-victims-alleged
- Citizen Digital (3 juin 2024). « Death Toll Rises to 436 as More Bodies Exhumed in Shakahola Forest ». https://www.citizen.digital/news/death-toll-rises-to-436-as-more-bodies-exhumed-in-shakahola-forest-n343325
- Eastleigh Voice (8 août 2024). « Rwanda Shuts Down Nearly 8,000 Churches for Non-Compliance with Faith-Based Regulations ». https://eastleighvoice.co.ke/faith%20based%20organisations/66804/rwanda-shuts-down-nearly-8000-churches-for-non-compliance-with-faith-based-regulations
- Evangelical Focus (24 janvier 2024). « France. Pastor Convicted for Swindling over 2 Million Euros ». https://evangelicalfocus.com/cities/25175/france-pastor-convicted-for-swindling-over-2-million-euros
- Evangeliques.info (30 mai 2022). « France, un pasteur néo-pentecôtiste francilien condamné à 8 ans de prison pour abus sexuels ». https://www.evangeliques.info/2022/05/30/france-un-pasteur-charismatique-dile-de-france-condamne-a-8-ans-de-prison-pour-abus-sexuels/
- Ghana News Agency (3 juillet 2025). « "Agradaa" Jailed 15 Years for Fraud, Engagement in Charlatanic Advertisements ». https://gna.org.gh/2025/07/accra-circuit-court-jails-agraada-15-years-with-hard-labour/
- Ghana News Agency (février 2026). « Court Reduces Agradaa's 15-Year Jail Term to 12 Months ». https://gna.org.gh/2026/02/agradaas-prison-term-reduced-now-to-serve-12-months/
- Graphic Online (18 mars 2016). « Weed Out Fake Men of God ». https://www.graphic.com.gh/news/general-news/weed-out-fake-men-of-god.html
- IOL (21 juillet 2015). « Snake Prophet Charges Withdrawn ». https://www.iol.co.za/news/snake-prophet-charges-withdrawn-1888181
- Kenyans.co.ke (27 novembre 2024). « Mungatana Withdraws Religious Organisations Bill ». https://www.kenyans.co.ke/news/106786-mungatana-withdraws-religious-organisations-bill
- La Libre Belgique (17 juillet 2025). « "Nous ne sommes absolument pas outillés pour affronter les nouvelles dérives sectaires" ». https://www.lalibre.be/belgique/judiciaire/2025/07/17/nous-ne-sommes-absolument-pas-outilles-pour-affronter-les-nouvelles-derives-sectaires-UR25MUZYERHATG6HS4J47EFKHY/
- Nehanda Radio (13 novembre 2025). « PHD Leader Prophet Walter Magaya Is Facing 78 Fraud Charges, 5 Rape Counts ». https://nehandaradio.com/2025/11/13/phd-leader-prophet-walter-magaya-is-facing-78-fraud-charges-5-rape-counts
- Religion News Service (8 août 2024). « Rwanda Government Shuts More than 5,000 Churches, Claiming Code Violations ». https://religionnews.com/2024/08/08/rwanda-government-shuts-more-than-5000-churches-claiming-code-violations
- Religion Unplugged (12 janvier 2021). « Charismatics Are at War with Each Other over Failed Prophecies of Trump Victory ». https://religionunplugged.com/news/2021/1/12/charismatics-are-at-war-with-each-other-over-failed-prophecies-of-trump-victory
- Religion Unplugged (28 avril 2021). « Charismatics Issue "Prophetic Standards" to Address False Trump Prophecies ». https://religionunplugged.com/news/2021/4/28/charismatics-issue-prophetic-standards-to-address-false-trump-prophecies
- The EastAfrican (1er décembre 2023). « Court Jails Mackenzie for Year and a Half without Fine ». https://www.theeastafrican.co.ke/tea/news/east-africa/court-jails-mackenzie-for-year-and-a-half-without-fine-4451120
- The Mercury (5 octobre 2025). « Backlash against CRL Commission's New Oversight Committee for Religious Groups ». https://themercury.co.za/2025-10-05-backlash-against-crl-commissions-new-oversight-committee-for-religious-groups/
- The Star (30 juillet 2024). « Task Force Recommends Formulation of Policy Framework to Deal with Religious Extremism ». https://www.the-star.co.ke/news/world/2024-07-30-task-force-recommends-formulation-of-policy-framework-to-deal-with-religious-extremism
- TV47 (21 septembre 2026). « Kilifi County to Dispose of 443 Shakahola Cult Bodies by Dec 2026, Health CEC Says ». https://www.tv47.digital/kilifi-county-to-dispose-of-443-shakahola-cult-bodies-by-dec-2026-health-cec-says-163504/

### Sources scripturaires citées dans le corps

Nb 22 ; Dt 13,1-5 ; Dt 18,22 ; 1 R 22,8.13-14 ; 2 R 5,15-27 ; Es 6 ; Jr 1 ; Jr 23,16.21-22.25 ; Ez 13,3.6.10.19 ; Mi 3,5.11 ; Mt 7,22-23 ; Mt 10,8.10 ; Mt 23,8 ; Mt 24,24 ; Jn 3,30 ; Ac 1,22 ; Ac 8,18-24 ; Ac 9 ; Ac 16,16-19 ; Ac 17,11 ; Ac 21,10-14 ; 1 Co 9,1.12.14 ; 1 Co 13,9 ; 1 Co 14,3.29.32-33 ; 1 Th 2,5.9 ; 1 Tm 2,5 ; 2 P 2,15 ; Ap 2,2.20.

### Note sur la qualité des sources

**Solides.** L'argumentation repose d'abord sur des articles évalués par les pairs dont le DOI a été contrôlé sur la page de la revue : en anthropologie et histoire (Maxwell, 1999 ; Meyer, 2004 ; McCauley, 2013 ; Batibonak, 2018), en théologie africaine (Magezi et Banda, 2017 ; Banda, 2018 à 2021 ; Ramantswana, 2019 ; Kgatle, 2019 et 2022 ; Resane, 2017 et 2024 ; Uroko et Enobong, 2020) et en psychologie (Schjødt et al., 2011 ; Padilla et al., 2007 ; Grijalva et al., 2015 ; Forer, 1949 ; O'Keeffe et Wiseman, 2005 ; Chaves et Garland, 2009). Les textes d'Églises (Assemblées de Dieu, 2025 ; *Prophetic Standards Statement* ; déclaration d'Akropong ; AACC) ont été lus dans leur version intégrale en ligne.

**Monographies de référence.** Turner, Peel, Shank, Henry, Lauterbach, Grudem et Carson sont des ouvrages universitaires reconnus, connus ici surtout par des notices et des comptes rendus ; nous n'en citons aucun passage entre guillemets.

**Limites assumées.** Plusieurs articles africains de théologie paraissent dans des revues sud-africaines en libre accès (AOSIS) qui rétractent activement : le statut de chaque article a été contrôlé au 4 octobre 2026. Un article souvent cité sur les « pratiques inhabituelles » des Églises néo-pentecôtistes sud-africaines (2017), rétracté en 2021 pour plagiat, a été volontairement écarté. Hyman (1977) et Randi (1987) proviennent du milieu sceptique ; ils servent à décrire des techniques, non à établir des statistiques. Le document de l'AFM sur les titres n'est pas daté. Les cas publics reposent sur des communiqués officiels et sur la presse ; pour la France, sur la presse chrétienne, d'où l'anonymisation. Plusieurs procédures citées sont en cours au 4 octobre 2026. Les traductions françaises de la *Didachè*, d'Hermas et d'Eusèbe sont des traductions anciennes du domaine public ; les éditions des Sources chrétiennes n'ont pas été consultées. Les citations d'ouvrages en anglais sont données dans notre traduction.

*Les citations bibliques suivent pour l'essentiel la version Louis Segond (1910).*

[^1]: **Préfecture** : En France, administration de l'État dans chaque département. C'est elle qui instruit les demandes de titre de séjour, d'où des attentes parfois longues de plusieurs années.
[^2]: **Nuit de percée** : Veillée de prière qui dure toute la nuit, très répandue dans les assemblées charismatiques africaines et de la diaspora. Le mot « percée » (en anglais *breakthrough*) promet un déblocage soudain : emploi, papiers, mariage, guérison.
[^3]: **Major Prophet** : En anglais, « prophète majeur ». Titre sans définition commune, qui reprend la distinction biblique entre « grands » et « petits » prophètes pour placer celui qui le porte au-dessus des autres prophètes.
[^4]: **Papa spirituel** : Dans de nombreux réseaux charismatiques, responsable qui se présente comme le « père » d'un pasteur ou d'un prophète, l'a formé ou « consacré », et à qui celui-ci doit loyauté. Ce lien personnel tient souvent lieu de toute instance de contrôle (voir partie 4).
[^5]: **Semence** : Dans le vocabulaire de nombreuses Églises charismatiques, don d'argent présenté comme une graine que Dieu fera fructifier. Le donateur est invité à en attendre une « récolte » : guérison, emploi, papiers, mariage.
[^6]: **Néo-pentecôtisme** : Ensemble d'Églises et de ministères charismatiques apparus surtout à partir des années 1980, souvent indépendants, qui insistent sur la prospérité, la délivrance et l'autorité du fondateur. On le distingue du pentecôtisme « classique », né au début du XXᵉ siècle.
[^7]: **Délivrance** : Prière ou rituel destiné à libérer une personne d'une influence démoniaque, d'une malédiction ou d'un sort, réels ou supposés.
[^8]: **Union d'Églises** : Regroupement d'Églises locales qui partagent une confession de foi et des règles communes, et qui exercent un contrôle mutuel (formation et reconnaissance des pasteurs, discipline, finances). En France, les unions évangéliques se fédèrent au sein du CNEF.
[^9]: **Évalué par les pairs** : Se dit d'un article scientifique examiné, avant publication, par d'autres chercheurs du domaine, généralement de façon anonyme. C'est le principal gage de fiabilité d'une publication académique.
[^10]: **Mission épiscopale** : Mission de l'Église épiscopale des États-Unis, branche américaine de la Communion anglicane, présente au Liberia depuis le XIXᵉ siècle.
[^11]: **Congo belge** : Colonie belge de 1908 à 1960, aujourd'hui République démocratique du Congo.
[^12]: **Églises africaines indépendantes** : Églises fondées en Afrique par des Africains, en dehors des missions occidentales, surtout à partir de la fin du XIXᵉ siècle. On les désigne souvent par le sigle anglais AIC (*African Independent* ou *Initiated Churches*).
[^13]: **Églises sionistes** : Églises indépendantes d'Afrique australe centrées sur la guérison, la prophétie et la purification. Leur nom vient de Zion City (Illinois), d'où venaient les premiers missionnaires qui les ont influencées, et non du sionisme politique.
[^14]: **Devin** : Spécialiste religieux qui, dans les religions traditionnelles, consulte les puissances invisibles pour découvrir la cause cachée d'un malheur et prescrire un remède (sacrifice, rituel, protection).
[^15]: **Onction** : Au sens biblique, action d'oindre d'huile pour consacrer une personne (Ex 30,30 ; 1 S 16,13). Dans le langage charismatique, puissance spirituelle censée reposer sur un responsable ou passer par des objets (huile, mouchoirs).
[^16]: **CRL** : Sigle anglais de la *Commission for the Promotion and Protection of the Rights of Cultural, Religious and Linguistic Communities*. Organisme public indépendant prévu par la Constitution sud-africaine de 1996, chargé de protéger les droits des communautés culturelles, religieuses et linguistiques.
[^17]: **Fédération des Églises protestantes de Suisse** : Organisation faîtière des Églises réformées suisses, devenue en 2020 l'Église évangélique réformée de Suisse (EERS).
[^18]: **CIAOSN** : Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles. Organisme public belge créé par une loi de 1998, qui informe le public et conseille les autorités. C'est l'équivalent belge de la Miviludes.
[^19]: **Nouvelle Réforme apostolique** : En anglais *New Apostolic Reformation* (NAR). Courant charismatique né aux États-Unis à la fin du XXᵉ siècle, théorisé par C. Peter Wagner, qui affirme le retour d'apôtres et de prophètes dotés d'une autorité de gouvernement sur les Églises.
[^20]: **Big man** : Expression anthropologique (« homme important ») désignant un chef dont l'autorité repose sur sa capacité à redistribuer des ressources à des fidèles ou des clients, en échange de leur loyauté.
[^21]: **IRM** : Imagerie par résonance magnétique. Sa forme « fonctionnelle » (IRMf) mesure l'activité des régions du cerveau pendant une tâche.
[^22]: **Méta-analyse** : Méthode statistique qui combine les résultats de nombreuses études sur une même question, pour obtenir une estimation plus fiable qu'une étude isolée.
[^23]: **Shakahola** : Forêt de l'arrière-pays de Malindi, dans le comté de Kilifi, sur la côte du Kenya. La Good News International Church y avait installé ses fidèles, loin de tout contrôle.
[^24]: **Synagogue Church of All Nations** : Méga-Église de Lagos (Nigeria) fondée par T. B. Joshua, connue dans le monde entier pour ses guérisons et « délivrances » filmées et diffusées par sa chaîne Emmanuel TV.
[^25]: **Miviludes** : Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, organisme public français rattaché au ministère de l'Intérieur.
[^26]: **Saisine** : Demande d'information, d'avis ou signalement adressé à la Miviludes par un particulier, une famille ou une administration. Une saisine n'est pas une plainte et ne prouve pas à elle seule une dérive.
[^27]: **CNEF** : Conseil national des évangéliques de France, créé en 2010. Il fédère la plupart des unions d'Églises évangéliques françaises et a mis en place la cellule d'écoute « Stop abus ».
[^28]: **Cour d'assises** : En France, juridiction qui juge les crimes, dont le viol. Elle associe des magistrats professionnels et des jurés tirés au sort.
[^29]: **Guéhazi** : Serviteur du prophète Élisée. Pour avoir obtenu de l'argent par un mensonge, il est frappé de la lèpre dont Naaman venait d'être guéri (2 R 5,27).
[^30]: **Simon** : Appelé par la tradition « Simon le magicien ». Il pratiquait la magie en Samarie avant de se faire baptiser (Ac 8,9-13). Son nom a donné le mot « simonie », le trafic des choses saintes.
[^31]: **Philippes** : Ville de Macédoine, dans l'actuelle Grèce. L'Église qu'y fonde Paul est, d'après les Actes, la première en Europe (Ac 16).
[^32]: **Agabus** : Prophète chrétien de Jérusalem, cité deux fois dans les Actes. Il annonce d'abord une famine qui se produit sous l'empereur Claude (Ac 11,28).
[^33]: **Didachè** : Mot grec signifiant « enseignement ». Ce texte, perdu pendant des siècles, a été retrouvé dans un manuscrit de Constantinople et publié en 1883.
[^34]: **Ne touche pas à l'oint** : Formule tirée de Ps 105,15 (« Ne touchez pas à mes oints, Et ne faites pas de mal à mes prophètes ! ») et du refus de David de frapper le roi Saül (1 S 24,7). Elle est souvent invoquée pour interdire toute critique d'un responsable, alors que ces textes parlent de violence physique et non d'examen.
[^35]: **Le Pasteur d'Hermas** : Écrit chrétien composé à Rome au IIᵉ siècle. Très lu dans l'Église ancienne, certaines communautés le tenaient pour Écriture ; il figure dans le *Codex Sinaiticus*, un des plus anciens manuscrits de la Bible.
[^36]: **Montanisme** : Mouvement prophétique né en Phrygie (Asie Mineure) vers 160-170 autour de Montan et de deux prophétesses, qui prétendaient recevoir de nouvelles révélations de l'Esprit. La majorité des Églises l'a rejeté.
[^37]: **Antimoine** : Fard noir pour les yeux, proche du khôl. Apollonius y voit un signe de coquetterie et de luxe, indigne d'un prophète.
[^38]: **Eusèbe de Césarée** : Évêque de Césarée en Palestine (vers 265-339), auteur de la première grande *Histoire ecclésiastique*. Il y conserve des extraits d'auteurs anciens perdus, comme Apollonius.
[^39]: **Clément de Rome** : Responsable de l'Église de Rome à la fin du Iᵉʳ siècle. Sa lettre aux Corinthiens, qui avaient destitué leurs responsables, est l'un des plus anciens écrits chrétiens hors du Nouveau Testament.
[^40]: **Assemblées de Dieu** : Plus grande dénomination pentecôtiste du monde, fondée aux États-Unis en 1914. En France, elles forment l'une des principales unions d'Églises évangéliques.
[^41]: **Wayne Grudem et Craig Keener** : Deux théologiens évangéliques américains reconnus. Grudem est l'auteur d'une *Théologie systématique* très diffusée ; Keener, bibliste, a consacré une étude majeure aux miracles. Tous deux admettent la prophétie aujourd'hui, ce qui donne du poids à leur critique.
[^42]: **Mouvement de Lausanne** : Réseau évangélique mondial né du Congrès international pour l'évangélisation du monde, tenu à Lausanne en 1974 autour de Billy Graham et John Stott.
[^43]: **Évangile de prospérité** : Enseignement selon lequel Dieu veut que le croyant soit riche et en bonne santé, la foi et les dons (« semences ») étant la clé pour l'obtenir.
[^44]: **Conférence des Églises de toute l'Afrique** : En anglais *All Africa Conference of Churches* (AACC). Organisme œcuménique fondé en 1963, qui rassemble des Églises protestantes, anglicanes, orthodoxes et africaines indépendantes du continent.
